On a eu droit à une soirée magique, à une soirée qui entrera dans les annales de l'histoire sportive granbyenne.

«Carrément émouvant!»

Le stade Napoléon-Fontaine était très clairement l'endroit où il fallait être, vendredi soir.
Malgré la pluie qui est tombée jusqu'au début de la soirée, quelque 1100 spectateurs ont assisté à la rencontre opposant les Guerriers à l'équipe nationale junior de Cuba. Et n'ayons pas peur des mots : on a eu droit à une soirée magique, à une soirée qui entrera dans les annales de l'histoire sportive granbyenne.
Certes, il y a déjà eu plus de monde encore au baseball à Granby. À la belle époque du baseball senior, au défunt stade de la rue Laval. Mais on n'avait jamais vu autant de monde et autant d'ambiance au stade Napoléon-Fontaine.
« J'ai joué longtemps ici, je suis associé à l'organisation des Guerriers comme joueur et comme dirigeant depuis longtemps et de voir le stade plein comme ça, c'est carrément émouvant, a confié Mathieux Rochefort au milieu de la soirée. C'est très, très spécial ce que l'on vit ici ce soir. »
Rochefort et plusieurs autres membres de l'organisation des Guerriers étaient encore au stade à minuit, jeudi soir, afin de préparer l'endroit pour la visite des Cubains. Il y avait un terrain à préparer, des kiosques et des chapiteaux à installer, des frigos à remplir.
« Tout le monde a travaillé fort depuis des mois afin de faire de cette soirée un succès, a expliqué le président des Guerriers, François Giasson. Il y a eu une tonne de réunions, plein de rencontres avec des commanditaires, d'autres réunions pour s'assurer qu'on ait ce qu'il faut pour créer la bonne ambiance dans le stade, la préparation du stade elle-même, etc. Et ce soir, on peut le dire haut et fort : mission accomplie ! »
Ce que les gens des Guerriers espèrent, c'est que l'équipe, après avoir fait vivre une soirée exceptionnelle aux Granbyens, ne jouera jamais plus devant 75 personnes, comme c'est le cas trop souvent.
« On a une belle équipe, on a un beau produit à offrir et on a un beau stade, a repris Mathieux Rochefort. Moi, je rêve que les gens s'approprient leur équipe et leur stade. Moi, j'y crois. »
Égalité... et panne d'électricité
Et pour ajouter à cette soirée très spéciale, à cette soirée magique, les Guerriers se sont diablement bien débrouillés. Après six manches, c'était l'égalité 9-9.
À 22 h 15, alors que les Guerriers se préparaient à retourner au bâton, une panne d'électricité a plongé le stade Napoléon-Fontaine dans le noir. La lumière est revenue une quinzaine de minutes plus tard.
Les Guerriers ont étonné. Vraiment. Même que, après deux manches, ils menaient 6-2. Mais les Cubains sont forts et ils sont revenus de l'arrière.
Avec trois coups sûrs et autant de points produits, Marc-Antoine Lefebvre connaissait un gros match au bâton. David Gauthier et Christopher Acosta-Tapia avaient aussi produit deux points.
Au monticule, le partant Hugo Brochu a accordé six points, tous mérités, en deux manches et un tiers de travail. « J'aurais aimé faire mieux, mais je leur ai quand même fait la vie un peu dure, a expliqué Brochu. Ils sont bons, ils sont très bons... »
Au-delà du sport, c'est une expérience de vie tout à fait exceptionnelle qui est proposée aux joueurs cubains. Ici, le voltigeur Victor Labrada.
Les Cubains sous haute surveillance
Partout où ils sont, y compris dans l'abri, les joueurs cubains sont sous haute surveillance. Car la crainte d'une défection est toujours là.
À Granby, vendredi, des agents de sécurité ont accompagné l'équipe dans tous ses déplacements. Au restaurant, au Zoo, à l'hôtel de ville et, bien sûr, au stade Napoléon-Fontaine. Ils font partie de la « famille ».
L'été dernier, l'équipe nationale senior de Cuba a affronté chacune des équipes de la Ligue Can-Am de baseball indépendant. Et un des joueurs de la formation a profité d'une visite à Sussex au New Jersey pour prendre la poudre d'escampette.
« À leur arrivée au Québec, vendredi dernier, on sentait une certaine méfiance chez les responsables de l'équipe, avoue Antoine Desrosiers, relationniste à la Ligue de baseball junior élite du Québec et secrétaire de route de la tournée cubaine. Mais cette méfiance s'est rapidement estompée et elle a fait place à une belle relation de confiance. Honnêtement, c'est agréable de faire affaire avec les Cubains. »
Qu'importe, les joueurs ne sont jamais laissés à eux-mêmes. Il faut dire, en plus, que la très grande majorité des jeunes Cubains sortent de leur île pour la première fois de leur vie.
« Et de retour au pays, plusieurs n'ont ressortiront probablement jamais non plus », reprend Antoine Desrosiers.
Au Québec, les Cubains découvrent la vie nord-américaine. La visite dans un Wal-Mart de Montréal, jeudi soir, a représenté tout un événement, paraît-il.
« C'est toute une expérience que vivent les Cubains, dit encore Antoine Desrosiers. Au-delà du sport, c'est une expérience de vie tout à fait exceptionnelle qui leur est proposée. Ils vont s'en souvenir longtemps. »