Danny Gélinas
La Voix de l'Est
Danny Gélinas
Le DG du Canadien, Marc Bergevin, aura du pain sur la planche au cours des trois prochains mois.
Le DG du Canadien, Marc Bergevin, aura du pain sur la planche au cours des trois prochains mois.

Canadien: ne partons pas en peur...

CHRONIQUE / Il y a trois semaines, le Canadien terminait sa belle aventure en séries.

Certes, les joueurs ont travaillé fort, mais encore une fois, ce ne fut pas suffisant.

Leur séjour en éliminatoires assurément a été au-delà des espérances de la direction de l’équipe — lire leur victoire aux dépens de Pittsburgh — et il aura à tout le moins permis de déceler certains autres points positifs.

Premièrement, rendons à César ce qui est à César. L’un des trop rares bons coups du directeur général Marc Bergevin aura été d’inclure ce jeune et brillant attaquant qu’est Nick Suzuki dans la transaction qui a expédié Max Pacioretty à Las Vegas en septembre 2018. Suzuki a été le centre no 1 du CH lors des dernières séries et le sera assurément pour les années à venir.

Deuxièmement, bien que Phillip Danault joue avec constance et régularité, l’état-major ne savait pas à quoi s’attendre du rendement du Jesperi Kotkaniemi (premier choix en 2018), car après l’avoir envoyé dans la Ligue Américaine en cours de saison, plus rien n’était sûr dans son cas, alors qu’on le voyait déjà en septembre dernier dans la chaise de centre no 2, et ce, pour de nombreuses années. Quelques mois plus tard, on se posait cependant la question à savoir si à 18 ans, on ne l’avait pas fait graduer peut-être un trop tôt.

En ce qui me concerne, oui le longiligne finlandais a bien joué, mais je vais être patient avant de m’emballer, pour la simple et bonne raison que ses bonnes performances ne sont pas survenues après une éreintante saison de 82 matchs, mais bien après quatre mois de congé. Selon moi, cette donnée est essentielle pour toutes les analyses que l’on voudra bien faire.

Il en est de même pour bien d’autres aspects concernant l’alignement de nos Glorieux.

Bref, contrairement à bien des partisans, les lunettes que je porte sont loin d’être roses, et je m’explique.

Avant toute chose, rappelons-nous que le Canadien s’est présenté en séries avec un Carey Price et un Shea Weber reposés, ce qui n’est pas peu dire… D’ailleurs, on ne peut nier le fait que ces deux-là vieillissent (Price a 33 ans, Weber 35) et que les saisons semblent de plus en plus longues pour eux.

Et malgré tout ce que Bergevin pourra dire au sujet de son club, gardons en tête que le Canadien n’a remporté aucune série éliminatoire « régulière » depuis 5 ans sous sa gouverne.

Mais maudit que l’on aimerait ça les voir gagner !

Par contre, quand je constate le hockey que nous proposent les équipes formant le carré d’as (Islanders, Lightning, Stars et Golden Knights), je me dis que le CH est à des années lumières de nous offrir des performances de cette qualité.

À mon avis, le CH se doit de bâtir son équipe autour de l’attaquant Nick Suzuki.

Ainsi, lorsque j’ai écouté l’analyse de Bergevin suite à ce récent échec face aux Flyers, qui faisait état presque exclusivement du développement exceptionnel de ses jeunes joueurs, cela m’a confirmé que l’on ne doit pas « partir en peur ».

De un, qu’en est-il de cette tradition gagnante que l’on doit nécessairement implanter si l’on veut un jour voir la formation aspirer aux grands honneurs, celle-là même que Marc Bergevin avait notamment promise à l’analyste politique Luc Lavoie lors d’un échange aigre-doux sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle il y a deux ans ?

« Inquiétez-vous pas, ça s’en vient », avait-il déclaré devant 2 millions de personnes ce soir-là, si je me souviens bien.

Pour ma part, je veux bien que « ça s’en vienne », mais quand ?

L’occasion ratée

Et cette année représentait probablement la plus belle occasion de gagner du CH depuis les 5 dernières saisons compte tenu du fait que ses deux leaders, dont le meilleur gardien au monde en Price, étaient bien reposés.

Je ne veux pas être prophète de malheur, mais si on veut gagner avec tant Price que Weber, il faudra le faire au cours des 3 ou 4 prochaines années, car on ne peut plus les considérer comme étant des « petites brebis du printemps ».

De plus, pour espérer gagner, vous conviendrez avec moi qu’il manque plusieurs éléments à cette formation, à commencer par de la profondeur en défensive, ne serait-ce qu’entre le top-3 (composé de Weber, Jeff Petry et Ben Chariot) et le reste, dont font partie les Brett Kulak, Xavier Ouellet et Victor Mete, qui, à mon avis, sont tous des joueurs appartenant à la Ligue Américaine, sans plus.

En guise de réponse, certains me diront que la solution se trouve dans la venue imminente du jeune Alexander Romanov, qui de par sa seule présence viendra combler ce trou béant. Sérieusement, le voyez-vous déjà dans le top-4 alors qu’il n’a pas encore mis un seul patin sur une patinoire de la LNH ? Entre vous et moi, laissons-lui le temps de faire ses classes…

Finalement, une toute dernière question qui selon moi se veut être la plus pertinente : en tenant compte que Price à 33 ans et que Weber à 35 ans et que l’on compte aussi sur le leadership des jeunes Suzuki et Kotkaniemi pour nous amener à la terre promise, qu’en est-il de ceux entre 23 et 30 ans sur lesquels toute organisation sérieuse aspirant à un championnat devrait compter ?

Pourquoi ne retrouve-t-on pas chez le Canadien plusieurs valeurs sûres pouvant évoluer parmi ses 6 premiers attaquants ?

La réponse est simple et je la répète depuis les tout débuts de cette chronique : s’il désire un jour se tremper les lèvres dans la coupe, il faudra que le CH repêche très bien tout en apportant une attention particulière à ses « babies ».

Et tant qu’on laissera à Trevor Timmins les pleins pouvoirs tant en ce qui a trait au recrutement qu’au développement des joueurs, la Coupe, on ne pourra qu’en rêver.

Ce qui me console, c’est qu’au moins, en Jake Allen, Bergevin vient de dénicher un bon 2e gardien capable d’épauler suffisamment Carey Price.

L’équation est pourtant si simple : si on espère PEUT-ÊTRE gagner d’ici 3 ou 4 ans, cela nécessitera bien évidemment un Price reposé, ce qui veut dire qu’il faut maintenant penser à lui faire diminuer sa charge de travail, la faisant passer d’environ 65-66 matchs par saison à une cinquantaine, voire 55 au maximum.

Allen devra donc en jouer un minimum de 25-30, ce que Charlie Lindgren, malgré toute sa bonne volonté, était incapable de faire. Non seulement faut-il jouer ces matchs, mais encore faut-il en gagner au moins les 2/3 si l’on espère accéder aux séries de 2021, une mission qui était pratiquement impossible pour Lindgren.

Et c’est en plein le genre de boulot qu’est capable d’abattre Allen, un gardien qui, il n’y a pas si longtemps évoluait avec le Junior de Montréal, notamment sous les ordres de Dominique Ducharme et de Joël Bouchard…