Danny Gélinas
Roberto Luongo a vu son chandail no. 1 être retiré par les Panthers samedi dernier. Un honneur pleinement mérité ! — photos tirées d’Internet
Roberto Luongo a vu son chandail no. 1 être retiré par les Panthers samedi dernier. Un honneur pleinement mérité ! — photos tirées d’Internet

Bravo Roberto !

CHRONIQUE / J e n’ai jamais été un intime de la famille Luongo, mais je l’ai côtoyée assez souvent lorsque Roberto évoluait chez les midget AAA et dans la LHJMQ. Du moins assez pour savoir que son paternel, Antonio, que tous appelaient Tony, sa mère Lina ainsi que ses deux jeunes frères, Léo et Fabio, devaient être très fiers de voir le chandail de l’un des leurs être retiré par une équipe de la LNH. Celui de Roberto a été hissé, samedi dernier, au plafond du BB&T Center, domicile des Panthers de la Floride.   

Tout au long de la cérémonie, de nombreux souvenirs datant d’au moins de 25 ans me sont revenus en tête.

Je me rappelle de toutes ces soirées passées dans le vétuste aréna St-Michel de Montréal, où le directeur gérant du temps des Foreurs de Val-D’Or, Michel Georges, — flanqué de son recruteur-chef, feu Normand Gosselin, et de ses recruteurs dont faisaient partie les excellents Eddy DeLuca, Gary Lesage et Serge Marcoux — salivait à la seule idée de pouvoir mettre la main sur Roberto. À ce moment-là, ils possédaient le deuxième choix au total de tout l’encan de 1995 de la LHJMQ.    

Cette année-là, une nouvelle équipe, les Alpines de Moncton, que l’on connaît maintenant sous le vocable des Wildcats après son acquisition par le richissime Robert Irving, allaient devenir la deuxième formation provenant des provinces de l’Atlantique à joindre les rangs du circuit Courteau.  

Souvenons-nous que les Mooseheads d’Halifax avaient initié la marche la saison précédente, ce qui fait qu’aujourd’hui, la ligue en compte six. En tant qu’équipe d’expansion, il va sans dire que les Alpines obtenaient évidemment le privilège de détenir le premier choix au total du repêchage.

Leur directeur-gérant et instructeur-chef de l’époque, Lucien Deblois, ainsi que son recruteur-chef, Rolland Salois, ayant d’ores et déjà affirmé dès la mi-février qu’ils jetteraient leur dévolu sur le prolifique ailier gauche Pierre Dagenais des défunts Régents de Laval-Laurentides-Lanaudière. La porte était dès lors grande ouverte pour une future sélection de Luongo, jadis le gardien du Collège Français de Montréal-Bourassa, par les Foreurs.  

Cette même journée de 1995, les Tigres de Victoriaville repêchaient troisièmes. Comme ils étaient à la recherche d’un gardien, ils verront leur directeur-gérant, mon bon ami Michel Cormier, faire du cerbère Mathieu Garon des Élites de Jonquière leur choix de première ronde. Et on connaît la suite : l’un comme l’autre n’a pas déçu son organisation. Loin de là!

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Deux ans plus tard, ayant suivi à la lettre les conseils de trois sommités dans l’art de garder les buts, François Allaire, Mario Baril et Yvan Charbonneau, et surtout après avoir connu une saison d’une bonne trentaine de victoires sous les ordres de Richard Martel (maintenant député fédéral conservateur), Roberto ne savait pas ce que l’avenir lui réservait.  Par contre, une chose était certaine : son nom allait figurer parmi les cinq sinon les dix premiers appelés lors du repêchage de la LNH de 1997.     

Je me souviens également de la semaine juste avant. Tous les intervenants du Québec s’étaient donné le mot : ils avaient élu leur quartier général au Green Tree Marriott, dans la petite ville de Green Tree en banlieue de Pittsburgh. Comme le hockey au Québec est un milieu tricoté serré, j’y avais rencontré mon mentor Michel Boucher, alors dépisteur-chef des Tigres de Victoriaville, accompagné du directeur-gérant Pierre Roux et de l’agent de joueur Norm Conway. Pendant que Francis Lessard, son coéquipier avec les Foreurs le robuste défenseur, tentait de démontrer aux dépisteurs sa très grande condition physique dans la piscine, Roberto, lui, était dans sa bulle, sans doute nerveux. Bref, toute la famille était nerveuse, même Josée Gladu de l’organisation du Montréal-Bourassa, l’une des meilleures bénévoles au Québec, qui a toujours pris soin de Roberto comme s’il s’agissait de son propre fils.    

Cette année-là, si la majorité des hommes de hockey au niveau professionnel s’entendait pour dire que Joe Thornton et Patrick Marleau seraient choisis respectivement premier et deuxième par les Bruins de Boston et les Sharks de San Jose, la troisième sélection détenue par les Kings de Los Angeles représentait une énigme, car si les Kings aimaient bien Luongo, on leur prêtait l’intention de sélectionner Olli Jokinen, lui-même un athlète assez énigmatique en raison de l’inconstance dans son jeu. En fait, le Finlandais, pourtant décrit comme un attaquant de puissance, était capable certains soirs du meilleur et... du pire.  

Mario Seraceno, l’homme qui a repêché Roberto Luongo avec les Islanders

Cependant, au quatrième rang, les Islanders de New York, eux, voyaient le gardien des Foreurs littéralement dans leur soupe. Cette année-là, leur éminent dépisteur au Québec, Mario Seraceno, qui n’a plus besoin de présentation, devait avoir vu évoluer Roberto une bonne quinzaine de fois. Pour lui, la vente allait être facile : ne restait plus qu’à prier pour que les Kings optent pour Jokinen. 

Et c’est ce qui s’est produit…

On connaît l’histoire : Seraceno, une fois de plus, ne s’est pas trompé. Roberto, bien qu’il fut plus transigé des Islanders aux Panthers, des Panthers aux Canucks de Vancouver pour ensuite revenir en Floride lors de la saison 2013-2014, a connu une carrière extraordinaire. Mais outre ses exploits sur la glace, ce que je retiendrai de Roberto, c’est qu’il est aussi une personne fantastique, lui qui est toujours demeuré le même : un gars de famille, simple, très humble et, surtout, tout un leader!

Bravo et félicitations, Roberto, tu l’as bien mérité!