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Georges Vézina était l’un des piliers du Canadien lors de la saison 1918-1919, saison où la Coupe Stanley n’a pu être décernée.
Georges Vézina était l’un des piliers du Canadien lors de la saison 1918-1919, saison où la Coupe Stanley n’a pu être décernée.

Bien avant la COVID, la grippe espagnole a fait mal au Canadien

Michel Tassé
Michel Tassé
La Voix de l'Est
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La remise des trois matchs face aux Oilers et d’un autre face aux Sénateurs a créé une commotion parmi les partisans du Canadien cette semaine. Mais voilà, ce n’est pas la première fois qu’un virus force le Tricolore à l’inactivité.

Malgré sa très longue histoire, le Canadien a été incapable de jouer ses matchs seulement six fois en plus de 100 ans. Mais la grippe espagnole, la terrible grippe espagnole, a peut-être privé l’équipe de la Coupe Stanley au printemps de 1919.

Avant les événements de cette semaine, seul le mauvais temps avait réussi à empêcher le Canadien de jouer après la pandémie de grippe espagnole, qui a duré de 1918 à 1920. Mais l’enjeu était autrement plus grand en 1919.

Après avoir remporté sa première Coupe Stanley en 1916 en tant que membre de l’Association nationale de hockey, le Canadien, maintenant membre de la Ligue nationale, fondée en 1917, vise un deuxième grand triomphe lorsqu’il affronte les Metropolitans de Seattle dans une série au meilleur de sept matchs à compter du 19 mars 1919. Les Montréalais s’amènent dans l’État de Washington après avoir défait les Sénateurs d’Ottawa en finale de l’association de l’Est.

Mais la grippe espagnole a déjà fait des milliers de victimes à travers le monde et est un sujet de conversation autrement plus populaire que la grande finale de hockey.

« La grippe espagnole a fait plus de morts que la Première Guerre mondiale qui venait de se terminer, explique l’auteur Léandre Normand, qui a écrit sept livres en rapport avec le Canadien, dont La glorieuse histoire du Canadien, dans lequel il consacre de nombreuses pages à l’épisode de la grippe espagnole. On revit aujourd’hui avec la COVID-19 ce que les gens ont vécu à l’époque. Et l’impact de la grippe espagnole s’est fait sentir partout, dans toutes les sphères de la société, comme la COVID aujourd’hui. »

Une belle équipe

Le Canadien avait une belle équipe en 1919. Il était mené par Newsy Lalonde, qui avait marqué 23 buts en 17 matchs en saison régulière, Odie Cleghorn, Didier Pitre et par le gardien Georges Vézina, dont on entend beaucoup parler ces temps-ci à la suite de la parution de sa biographie, signée Mikaël Lalancette.

« Tous les espoirs étaient permis face aux Metropolitans, reprend Léandre Normand. C’était du hockey serré, intense, à preuve cette victoire de 4-3 du Canadien lors du quatrième match. Mais lorsque le dur à cuire Joe “Bad” Hall est transporté d’urgence à l’hôpital de Seattle avant cette rencontre, on commence à se poser des questions et il y a de l’inquiétude dans l’air. Et ce n’est pas pour rien. »

Car la maladie s’est installée dans le vestiaire du Canadien. C’est ainsi que cinq joueurs prendront finalement le chemin de l’hôpital. À court de personnel, le propriétaire Georges Kennedy demande la permission à la LNH d’utiliser des joueurs de l’équipe de Vancouver, éliminée et en vacances. Les Metropolitans s’opposent fermement.

« La direction de la ligue a fini par trancher, raconte encore Léandre Normand. Le 30 mars, les trois derniers matchs de la série finale sont purement et simplement annulés. La Coupe Stanley ne sera pas décernée. »

La Coupe Stanley n’a pas été décernée non plus en 2004-2005 alors qu’un lock-out a forcé l’annulation de la saison. Ce sont les deux seules fois où personne n’a bu dans le précieux trophée.

Et alors que la Ligue nationale décide d’annuler le reste de la finale de 2019, Joe Hall est emporté par la grippe espagnole. Le propriétaire Kennedy est aussi frappé sur le virus, mais il s’en sort. Tout de même, il gardera des séquelles importantes et, deux ans plus tard, il meurt à son tour.

« Quand on s’attarde à l’histoire du Canadien, on se rend compte que cette période a été difficile, ajoute Léandre Normand. N’oublions pas que peu de temps après la finale interrompue et le décès de Joe Hall, l’Aréna Jubilee, où jouait l’équipe, a été détruit par un incendie d’origine électrique. C’est une période sombre. »

La grippe espagnole aura coûté cher au Canadien. Une coupe, peut-être, et surtout des vies humaines.