Aux Jeux comme dans la vie

Il y a eu Lillehammer, Nagano et Salt Lake City. Une montagne russe d'émotions qui, durant toute sa jeune vie d'adulte, s'invitait aux quatre ans. La patineuse de vitesse sur courte piste en est revenue avec des médailles et des souvenirs marquants. Avec quelques déceptions aussi.
Attablée dans un café de Granby, Isabelle Charest est d'un naturel désarmant. La Bromontoise d'adoption revient sur l'année 1994, ponctuée par la tenue des Jeux de Lillehammer, en Norvège. «Je n'avais pas réussi à me classer en 1992 et ça avait été une expérience très douloureuse. J'attendais donc ces Jeux avec beaucoup d'impatience. Pourtant, ç'a été en deçà de mes attentes, tant au plan des cérémonies elles avaient lieu à l'extérieur au grand froid que des performances qui n'étaient pas au rendez-vous», se rappelle-t-elle.
Sa seconde chance, elle l'obtient en 1998, aux Jeux de Nagano. «C'étaient mes Jeux. J'étais au summum de ma forme. Tout était super, ma famille et mon chum de l'époque étaient avec moi au Japon. Je courais sur ma distance préférée, le 500 mètres. Mais je suis tombée en finale, glisse-t-elle. Ç'a été une grosse, grosse déception.»
Un moment en particulier lui reste pourtant en mémoire. «Après ma chute, j'avais l'impression d'avoir échoué et j'étais gênée d'aller manger à la cafétéria des athlètes. Une fois sur place, j'étais tombée face à Yves Laroche (NDLR: le champion de ski acrobatique gravement handicapé à la suite d'un accident de parapente en 1989), qui me confiait avoir pleuré pour moi... En le voyant, ça a ramené les choses en perspective...», dit-elle.
En 2002, la flamme olympique brûle toujours en Isabelle. D'autant plus qu'elle vient de prendre une année complète loin de la patinoire pour se concentrer sur ses études. «En revenant au patinage, je voulais faire les Jeux. Je savais que c'étaient mes derniers et j'en ai profité. J'ai terminé 4e au 500 mètres, mais j'étais en paix», raconte-t-elle.
Un seul regret, s'il en est un? «Ma chute à Nagano restera toujours un but que je n'ai pas atteint. C'est inachevé. Mais la confiance en moi est demeurée. La démarche est plus importante que le résultat. C'est comme ça dans toutes les facettes de ma vie», confie celle qui attribue ses succès en patinage de vitesse à une série de facteurs, dont ses habiletés naturelles, son initiation précoce au sport, un bon entourage et son goût de la victoire.
Des hauts et des bas
Avec une belle franchise, Isabelle Charest ne cache pas que sa retraite du sport a été ponctuée de hauts et de bas. L'ampleur de la déprime d'après-carrière, croit-elle, est proportionnelle au succès que les athlètes ont connu. Dans son cas, ce n'est pas tant la baisse de popularité qui l'a atteinte, que l'impression de surplace qui a suivi.
«J'ai quitté le sport pour fonder une famille. Mais d'un côté, Steve (Charbonneau, ex-footballeur professionnel et son mari dans la vie) est allé jouer à Edmonton, de l'autre, c'était difficile pour moi d'avoir des enfants. C'est comme si mon projet d'après-carrière était en stand-by, raconte-t-elle. Durant cette période, presque quotidiennement, je me demandais: est-ce que je recommence à patiner?»
L'entraînement, l'esprit d'équipe et les gros défis viennent à manquer, laisse entendre la belle de 43 ans. «Il faut faire son deuil des grosses charges d'adrénaline qu'on a vécues. Dans le sport, on sait comment se fixer des objectifs. C'est quantifiable. Cette certitude-là est difficile à retrouver dans d'autres domaines de la vie...»
Sereine, elle semble avoir atteint aujourd'hui un bel équilibre. Nutritionniste de formation, maman de deux enfants, propriétaire d'une petite boîte de communications avec son conjoint, Isabelle Charest occupe le poste de coordonnatrice des services éducatifs à la commission scolaire du Val-des-Cerfs depuis août 2013. «Et je fais encore beaucoup de choses en promotion de l'olympisme et des saines habitudes de vie.»
Son conseil aux jeunes athlètes: «Ouvrez la porte à toutes les possibilités dans votre vie. Ça peut mener à des choses extraordinaires.»
On pourra voir Isabelle Charest durant les Jeux de Sotchi, alors qu'elle animera chaque matin La cérémonie des champions aux côtés de Louis Lemieux sur les ondes de RDI.
Profil
Née à Rimouski, Isabelle Charest a remporté trois médailles olympiques au relais 3000 mètres : une médaille d'argent à Lillehammer en 1994, une médaille de bronze à Nagano en 1998 et une autre de bronze à Salt Lake Cit y en 2002. Elle détient également plusieurs titres de Championnats du Monde.
Ils ont parcouru le monde, ressenti les plus intenses émotions, connu la célébrité et vécu des expériences inaccessibles au commun des mortels. D'anciens athlètes olympiques ont replongé pour nous dans leurs souvenirs des Jeux. Ils ont aussi accepté de nous parler de leur retour parfois difficile à la vie normale.