Au pays des ours

CHRONIQUE / Qu’est-ce qu’un ultra-marathon ? Certains diront que ce sont des distances de course excédant 50 km. Pour d’autres, comme moi, ce sont les distances qui dépassent les 42,2 km du marathon. Mais c’est bien plus qu’un chiffre. Ce sont des montagnes russes d’émotions et de sensations.

J’ai fait mon premier ultra-marathon samedi. Conclu après 7 heures et 46 minutes d’efforts. L’épreuve est un 42 km avec une distance réelle de 44 km et 1300 mètres de dénivelé positif. En sentier, chaque 100 mètres de dénivelé positif équivaut à 1 km sur route, m’a-t-on dit. C’est donc comme si j’avais couru 57 km sur route, mais avec beaucoup plus de plaisir.

Mes plus longues distances tournaient autour de 20 km en sentier, sur des sentiers dans ce qu’il y a de plus difficile au Québec. Je planifiais mon premier ultra-marathon pour 2020, mais mon amie Audrey m’avait confié que le 20 km du Xtrail de Sutton, que j’ai couru en juin, était plus l’équivalent du 42 km de l’Ultra-Trail Harricana du Canada (UTHC) en terme de difficulté. Sur un coup de tête, je me suis inscrite à la compétition.

Aucun regret

Je n’ai aucun regret, même si mon corps est brisé. Peut-être aurais-je dû abandonner, mais l’envie d’aller au bout a été la plus forte. Cependant, je suis fière comme jamais.

Je constate que tout au long d’une telle épreuve, la plupart des gens se livrent une bataille intérieure entre l’ivresse de la course, le dépassement de soi... et l’envie de retourner chez soi.

J’ai régulièrement pensé à la bière promise à la fin de la course. J’avais du mal avec ma respiration et j’ai accumulé les blessures qui ont rendu la fin de la course pénible à en pleurer.

« La douleur est inévitable, mais la souffrance est facultative », dit un proverbe bouddhiste. Bien que la douleur m’arrachait parfois des larmes, je ne me laissais pas abattre et je gardais mon objectif ultime en tête : terminer en courant et avec un sourire.

D’un autre côté, je m’extasiais devant la beauté de la forêt. Devant l’odeur de la terre humide. Je me disais que j’avais de la chance de courir en forêt, moi qui suis une enfant des montagnes, une amoureuse de la nature.

Il y a deux ans, jamais je n’aurais imaginé courir sur les sentiers où je faisais de la randonnée. Jamais je n’aurais cru courir plus d’une heure.

Pour me rendre à l’UTHC, j’ai suivi pour la première fois de ma vie un plan d’entraînement. La discipline était de mise, mais le plaisir était toujours présent. Mon erreur a probablement été de négliger le renforcement musculaire. On apprend, c’est certain !

Je demeure toutefois convaincue que la course en sentier est accessible à presque tout le monde. Elle apporte des bienfaits mentaux et physiques. Et la course nous rend plus forts.