Andrew Ranger en compagnie son fils Jacob au Grand Prix de Trois-Rivières il y a quelques années.
Andrew Ranger en compagnie son fils Jacob au Grand Prix de Trois-Rivières il y a quelques années.

Andrew Ranger: «Même Kevin Lacroix a eu des mots gentils!»

La Voix de l’Est présente à compter d’aujourd’hui une série de grandes entrevues avec des personnalités sportives de la région. Notre premier invité est le champion en titre de la série canadienne de NASCAR, Andrew Ranger.

La pandémie ne fait pas de cadeaux à personne, pas même aux meilleurs de leur sport. Andrew Ranger l’a appris à ses dépens il y a quelques semaines lorsque les représentants de son principal commanditaire, Mopar, lui ont fait savoir qu’ils n’allaient pas l’appuyer au cours de la prochaine saison. Mais voilà, le pilote originaire de Roxton Pond n’est pas du genre à se laisser abattre.

Q / Andrew, as-tu eu d’autres nouvelles des gens de Mopar depuis qu’ils t’ont annoncé la mauvaise nouvelle ?

R / Mon patron Jon Camilleri m’appelle de temps en temps pour prendre de mes nouvelles, pour savoir comment je vais. Je l’apprécie, car ça démontre que nous n’avons pas seulement une relation d’affaires.

Q / La nouvelle a fait énormément jaser dans le milieu du sport automobile. Tu as eu une tonne de témoignages de sympathie. Ça a fait du bien ?

R / Absolument ! Ça a fait chaud au cœur, vraiment. Les gens de l’industrie, les fans, j’ai reçu plein de mots d’encouragement. Même Kevin Lacroix, avec qui je me suis frotté plus d’une fois en piste, a eu des mots gentils à mon égard. La seule chose, c’est qu’il faut rappeler que Mopar ne commanditera rien ni personne, cet été, en sport automobile. Ce n’est pas juste moi qui suis touché.

Q / Tu es pour ainsi dire né avec un volant dans les mains. L’idée de ne pas piloter cet été doit te faire tellement peur…

R / Écoute, j’ai commencé à piloter à l’âge de neuf ans et j’en ai 33. Piloter une voiture de course, c’est ce que je sais faire le mieux dans la vie. C’est sûr que ça me joue dans la tête. En même temps, je sais que je ne serai pas tout seul dans ce bateau. La série Pinty’s a reporté son premier programme de la saison, le Grand Prix de Trois-Rivières a été annulé, on vient d’apprendre qu’il n’y aura pas de courses à l’Autodrome Chaudière avant le début septembre et je serais très étonné que le Grand Prix de Toronto et la tournée dans l’Ouest aient lieu. Cette pandémie va faire mal à tellement de monde dans notre sport.

Q / As-tu l’impression qu’il y aura une saison en série Pinty’s ?

R / Honnêtement, je me le demande très sérieusement.

Q / Tu as tout un curriculum vitae. Est-ce qu’une pause comme celle-là te permet de faire un premier bilan de ta carrière ?

R / Je regarde plus en avant qu’en arrière. Mais oui, je suis content de ce que j’ai accompli jusqu’ici. J’ai couru à peu près dans toutes les séries de NASCAR, y compris en première division, j’ai couru en série ARCA, en Champ Car (qu’on appelle maintenant IndyCar), en Formule Atlantique, j’ai couru en Amérique du Nord comme en Europe, j’ai remporté des championnats, etc. Je suis fier, mais je me trouve encore un peu jeune pour m’arrêter au passé.

Q / Rêves-tu encore de courir aux États-Unis, en série Xfinity de NASCAR par exemple ?

R / On y rêve toujours un peu, mais de moins en moins, je te dirais. Ce n’est pas un manque d’ambition, mais de réalisme et de savoir où sont tes véritables intérêts. On a bâti quelque chose de solide au Québec et au Canada, quelque chose à laquelle je tiens, avec de bons partenaires. Ça fait drôle de dire ça alors que je viens de perdre mon commanditaire principal pour la saison, mais je sais que c’est temporaire.

Q / Faire carrière en course automobile aux États-Unis pour un Québécois, ce n’est pas facile…

R / Ce n’est pas facile de courir en NASCAR aux États-Unis quand tu n’es pas Américain. Et ce n’est pas évident d’amener des commanditaires d’ici aux États-Unis parce que ça ne leur rapporte rien de s’afficher de l’autre côté de la frontière. J’admire ce que fait Alex Labbé, un pilote et une personne que je respecte énormément, mais courir après les commanditaires à toutes les semaines, ça devient essoufflant. Et quand tu te retrouves tout d’un coup avec une famille, ça change la donne, ça change les priorités. À un moment donné, tu veux t’établir pour vrai.

Q / Et on s’entend qu’il n’y a rien de gênant à courir en série canadienne de NASCAR…

R / On va oublier la pandémie un instant. C’est une série qui grossit à chaque année et où le degré de compétition augmente sans cesse et à l’intérieur de laquelle tu peux bien gagner ta vie. Tout ce qui manque à la série, c’est davantage de visibilité, genre un beau contrat de télévision. Ça va venir.

Q / Tu es présentement à Shawinigan, où vit ta conjointe Édith. Tu fais de plus en plus la navette entre la région et la Mauricie, si je comprends bien…

R / Je passe certainement la moitié de mon temps en Mauricie. Édith a un très bon emploi à la Ville de Shawinigan et la Mauricie, c’est un autre beau coin du Québec. J’ai aussi la chance d’avoir un chalet au Saguenay, dans les Monts-Valin, un endroit merveilleux pour faire de la motoneige. Je me promène pas mal, mais j’aime ça.

Q / Qu’est-ce que tu fais de bon pendant la pandémie ?

R / Il n’y a pas une tonne de choses à faire, mais j’essaie de rester actif. Avec Édith, je prends de longues marches à tous les jours. On est rendus champions ! Je travaille aussi sur le terrain. Je m’occupe comme je peux, mais j’ai hâte que la vraie vie reprenne, c’est sûr.

Q / On me dit qu’Édith est aussi déçue que toi, sinon plus, de la perte de ton commanditaire…

R / Je suis avec Édith depuis trois ans et elle adore me suivre aux courses. Elle planifie ses vacances en fonction de mon calendrier. Pendant la saison, on se fait de beaux week-ends de camping avec Jacob, mon fils. Il va nous manquer de quoi cet été, c’est sûr.

Q / Andrew, où est-ce que tu te vois dans 10 ans ?

R / Bonne question. Dans 10 ans, j’espère courir encore en série Pinty’s, qui aura assurément encore grossi rendu là. Je vais avoir 43 ans à ce moment-là et Alex Tagliani court encore à 46 ans, alors… Aussi, j’espère que mon école, Expérience en piste Cabana Ranger, à Sanair, aura continuer à grossir elle aussi et qu’on continuera à rendre les gens heureux en leur faisant vivre de bons moments au volant d’une voiture de course. Mais clairement, je serai encore associé à mon sport, c’est sûr et certain.