«Il n’y a pas de doutes, on évolue dans un environnement sécuritaire et c’est rassurant. Et malgré tout, on aura réussi à se faire une saison, ce qui est quasiment un exploit», affirme Alex Labbé, qui a ramené cinq top 10 depuis le début de la saison en série Xfinity de NASCAR.
«Il n’y a pas de doutes, on évolue dans un environnement sécuritaire et c’est rassurant. Et malgré tout, on aura réussi à se faire une saison, ce qui est quasiment un exploit», affirme Alex Labbé, qui a ramené cinq top 10 depuis le début de la saison en série Xfinity de NASCAR.

Alex Labbé veut s’imposer, pas juste figurer

Michel Tassé
Michel Tassé
La Voix de l'Est
La victoire de Raphaël Lessard en camionnette à Talladega puis la quatrième place d’Alex Labbé en série Xfinity à Charlotte ont fait réaliser à bien des Québécois que les pilotes de chez nous sont en train de faire leur place en NASCAR de l’autre côté de la frontière, qu’ils ne sont pas juste des figurants.

« On travaille fort et c’est l’fun de voir que nos succès suscitent de l’intérêt, explique Labbé, qui a obtenu son meilleur résultat en 75 départs en série Xfinity, la deuxième division du tout-puissant NASCAR. On court pour nous d’abord, mais on représente aussi le Québec, et de voir que les Québécois sont fiers, c’est l’fun, ça donne une motivation supplémentaire. »

Les Québécois sont fiers et ils sont de moins en moins hésitants à soutenir des pilotes qui font carrière aux États-Unis. À chaque entrevue, d’ailleurs, Labbé ne manque pas de souligner que ses commanditaires viennent à 100 % du Québec, ce qui est loin d’être banal.

« NASCAR est très associé aux États-Unis, mais les entreprises qui me commanditent y voient une belle fenêtre pour leurs produits. Et plus j’obtiens de bons résultats en piste, plus ils obtiennent de la visibilité. C’est gagnant pour tout le monde. »

Il n’en demeure pas moins, avanceront plusieurs, que Labbé roule au sein d’une équipe à petit budget (DGM Racing, du Beauceron d’origine Mario Gosselin) et que chacune de ses bonnes performances (il a ramené cinq top 10 jusqu’ici cette saison) relève un peu du miracle. De son côté, Raphaël Lessard est supporté par Kyle Busch Motorsports, où l’argent n’est jamais une source d’inquiétude. Ce qui n’enlève rien, on s’entend, au talent exceptionnel du jeune pilote.

« Ça fait plusieurs années que je travaille avec Mario. En 2017, vous vous en rappelez, j’ai gagné le championnat de la série canadienne de NASCAR avec lui. C’est mon chef d’équipe, c’est mon ami, c’est mon mentor. Et j’ai vraiment l’impression qu’on est en train de bâtir quelque chose de solide ensemble. »

Labbé et Gosselin ont une relation étroite. Une relation qui dépasse largement celle du chef d’équipe et du pilote, du boss et de l’employé.

« On a une relation personnelle, pas juste professionnelle. Il m’a vu évoluer au fil des ans, il sait ce que je suis capable de faire. Quand ça ne fonctionne pas une fin de semaine, je sais que je ne serai pas jugé, que je n’aurai pas à m’expliquer pendant des heures, ce qui m’enlève une certaine pression. Une telle relation de confiance dans notre sport, c’est précieux. »

Alex Labbé (no. 36) a fait écarquiller les yeux à plusieurs en se classant quatrième à Charlotte.

L’argent ne coule pas à flots autour de lui, mais il reste que Labbé est bien entouré. On pourrait aussi parler de Martin D’Anjou, un autre qui est associé au sport motorisé depuis longtemps, qui lui a monté un programme de commandites qui lui permet de ne pas se demander toutes les semaines s’il aura les ressources financières pour courir le week-end suivant.

« On ne s’en cachera pas, c’est un sport difficile, où l’argent prend beaucoup de place. Mais les gens autour sont bons avec moi. Je me sens en confiance et ça, c’est un sentiment agréable. »

Faute de moyens, justement, Labbé n’a participé qu’à une dizaine d’épreuves de la série Xfinity la saison dernière, lui qui a dû faire un pas de recul et revenir en série canadienne de NASCAR. Et même s’il n’est pas encore prêt à confirmer qu’il sera à nouveau à temps plein en série Xfinity en 2021, il avouera « qu’on travaille fort pour ça et que ça regarde bien ».

Courir en temps de pandémie

La pandémie ne rend la vie facile à personne et certainement pas plus à Alex Labbé, qui habite à Saint-Albert, dans les Bois-Francs, et qui est constamment en déplacement entre le Québec et les États-Unis.

« C’est pas un cadeau, c’est clair, lance-t-il. Les voyages sont plus compliqués, il y a plein de zones grises, j’ai l’impression de partir à l’aventure à toutes les semaines. Il y a un petit stress d’associé à ça, mais il faut vivre avec. »

Sur place, ce n’est pas nécessairement plus simple. NASCAR a aboli les séances de pratique ainsi que les qualifications, il y a parfois des spectateurs dans les gradins, parfois non, et les membres d’équipes et les visiteurs sont réduits au minimum dans les puits. Et en NASCAR aussi, la distanciation et le port du masque sont bien sûr de mise.

« Une fois en piste, je l’ai déjà dit, il n’y a pas de différence. Mais c’est tout ce qu’il y a autour… ou plutôt ce qu’il n’y a pas. Quand un commanditaire vient t’encourager et que tu ne peux même pas l’accueillir dans les puits, c’est frustrant. Mais bon, c’est pareil pour tout le monde. »

NASCAR a été la première compétition nord-américaine à reprendre ses activités au printemps. Et sa façon de faire les choses a été imitée par tout le monde ensuite.

« Il n’y a pas de doutes, on évolue dans un environnement sécuritaire et c’est rassurant, confirme Labbé. Et malgré tout, on aura réussi à se faire une saison, ce qui est quasiment un exploit. Quand je vois tout ce qui est annulé dans le sport présentement au Québec, je me dis qu’on n’a pas trop à se plaindre. »