«Honnêtement, il faut être fait fort pour opérer une business comme celle-là. Les moteurs, les courses, le bruit, ce n’est pas dans l’air du temps et la pression se fait de plus en plus forte», explique Alan Labrosse.

Alan Labrosse était fatigué de se battre

SAINT-EUSTACHE – Depuis son bureau qui surplombe le circuit, Alan Labrosse regardait l’épreuve de la série canadienne de NASCAR avec une certaine nostalgie, samedi soir. Et on peut comprendre.

Il y a six mois, Labrosse, ex-agent d’Andrew Ranger, a vendu l’Autodrome Saint-Eustache, dont il est propriétaire depuis 2007, à la Ville de Saint-Eustache dans le cadre d’une transaction évaluée à plus de 5 millions $. La perte de cette véritable institution du sport motorisé québécois a secoué le petit monde des courses de chez nous.

«Le complexe ne fermera ses portes qu’à la fin de la saison 2019, mais je suis ici à tous les jours et à tous les jours, j’ai mal, a expliqué Labrosse, qui travaille avec ses fils Alex et Jason dans l’exploitation de l’Autodrome. Je sais que des gens disent que je ne me suis pas suffisamment battu, je sais que d’autres disent que je vais faire du profit, mais je les laisse faire. Moi, la vérité, je la connais.»

Ce n’est pas la première fois que la Ville de Saint-Eustache déposait une offre à Labrosse. Mais cette fois, l’homme de 57 ans, fatigué, a dit oui. À la suite de cette acquisition, la Ville va agrandir la superficie de son parc industriel et surtout, diront certains, cela lui permettra de faire taire les citoyens qui en ont contre le bruit causé par la présence de l’Autodrome.

«Oui, je suis fatigué de me battre, a repris Labrosse. Honnêtement, il faut être fait fort pour opérer une business comme celle-là. Les moteurs, les courses, le bruit, ce n’est pas dans l’air du temps et la pression se fait de plus en plus forte. Je savais que le jour viendrait où je n’aurais probablement pas le choix de vendre, mais je ne croyais pas que ça viendrait aussi vite.»

L’Autodrome Saint-Eustache est un complexe en santé. On parle ici de la piste la plus achalandée en fait de nombre d’événements présentés à travers le Canada. Et semaine après semaine, il y passe au minimum 5000 spectateurs.

«Mes fils et moi, on a réussi quelque chose de bien, on a amené la place le plus haut qu’on pouvait l’amener. C’est plutôt rare qu’un commerce ferme alors qu’il est au sommet…»

Des leaders forts

On a posé directement la question à Labrosse : combien restera-t-il de complexes motorisés au Québec dans 10 ans? S’il n’a pas voulu répondre, il s’est permis de donner son avis sur ce qui devra être fait pour sauver le sport.

«Il est essentiel que les propriétaires de pistes aient une bonne collaboration avec les autorités municipales ainsi qu'avec les gouvernements. Mais aussi, ça prend des leaders forts dans notre industrie. Des entrepreneurs compétents, qui ont à la fois du cran et du doigté.»

Labrosse a cité le nom de Dominic Lussier, copropriétaire et promoteur de l’Autodrome Granby et du RPM Speedway.

«Dominic possède toutes ces qualités. C’est le genre de bonhomme que j’aimerais avoir comme capitaine de mon équipe. Il fait clairement partie de ceux – et ils ne sont pas nombreux, précisera-t-il ­– qui peuvent faire la différence. En plus, il est jeune...»

Intéressant.