La Résidence Le Riverain

Urbanisme, écoresponsabilité et humanité

LA VOIX DES LECTEURS / Au conseil municipal du 3 février dernier, les élus se sont prononcés sur la démarche préliminaire d’un promoteur qui souhaite ériger, à Granby, un édifice de 12 étages pour héberger des aînés. L’édifice serait localisé sur la rue Principale, non loin du pont Patrick-Hackett. Le présent projet est ici scruté sous l’angle des changements climatiques et dans la perspective du développement durable et de la nécessité d’implanter la gériatrie sociale en notre ville.

Le développement durable compte trois axes : l’économie, l’environnement et le volet social. Au volet économique, le promoteur a certainement une visée de rentabilité et la Ville de Granby, elle, une projection de taxer la valeur immobilière de l’édifice. Au volet environnemental, l’édifice aura à faire face au réchauffement du climat. Ce nouvel impondérable nous apporte une fréquence accrue de vents forts, de pluies ou de neige hyper abondantes par moments et, durant l’été, des périodes répétées de chaleurs accablantes.

Soit, la densification urbaine des habitations dans Granby pour contrer l’étalement urbain fait du sens. Mais avant de vouloir densifier le centre-ville, notamment avec des édifices en hauteur, il faut, d’une part, en faire l’évaluation urbanistique en profondeur. Et, en second lieu, il faut se doter d’un Plan de densification de longue durée et par quartiers.

À mon analyse, le site projeté de l’édifice de 12 étages se situe sur la rue Principale en un point où la circulation est constamment dense, marquée par la sortie unique d’un site commercial et à la croisée des chemins allant d’une rive à l’autre de la rivière Yamaska. Cette circulation dense crée un bruit sourd qui nuit à l’audition déjà déclinante chez maints aînés, avec ou sans prothèses auditives.

De plus, un édifice si haut canalise les vents qui heurtent sa façade, si bien qu’au sol, il est pénible de marcher par vents forts pour une personne âgée aux pas moins stables.

Les édifices actuels en place dans ce secteur sont entourés d’asphalte plutôt foncé, sans végétation ou presque. Sous le soleil de l’été, et pire en chaleurs accablantes, la température s’y élève de plusieurs degrés Celsius. Or, de telles températures mettent à risque la vie de personnes aînées vulnérables.

Rester à l’intérieur en ces jours très chauds a aussi un coût. L’édifice sera sans doute climatisé et la climatisation a un coût caché que le promoteur facturera dans le prix du loyer d’hébergement.

Ma demande à la Ville est faite ici à titre de citoyenne, mais également à titre d’aînée engagée à promouvoir la gériatrie sociale.

Cette discipline nouvelle est une réponse à la gériatrie classique qui se pratique principalement en maisons d’hébergement. Ses assises sont celles de la proximité de ses proches et de l’inclusion des aînés dans leur communauté, en plus de respecter de leurs droits fondamentaux. Aussi, j’affirme qu’il serait préférable à tous points de vue, d’édifier des résidences pour aînés, dans les divers quartiers de la ville. De les entourer d’arbres et de végétation, éléments qui, naturellement, climatisent l’air chaud en été et offrent un espace de calme et de quiétude où relaxer et se détendre.

Les aînés n’ont pas d’inquiétudes à avoir; les pharmacies peuvent leur livrer leurs médicaments n’importe où. Quant à la nourriture, les résidences l’offrent à leurs clients, en inclusion au prix du loyer.

Mon souhait est celui de voir les élus de la Ville et les citoyens sensibles à la réalité d’un vieillissement sain. J’aimerais les voir manifester pour réclamer une réflexion urbanistique en profondeur et un Plan d’édification des futures résidences pour aînés, partout en ville. Les étages peuvent être plus élevés que les trois à six étages actuels, mais sans exagération.

En 2030, il y aura au moins 28 % de personnes âgées dans la population au Québec et plus encore dans les villes centres.

Alors, pensez citoyens d’abord!

Luce S. Bérard

Granby