Une tour de 12 étages à Granby, un mauvais tour pour les citoyens ?

LA VOIX DES LECTEURS / La densification des quartiers de Granby doit-elle se faire à n’importe quel coût pour la qualité de vie et l’harmonie des quartiers existants ? L’autorisation de construire un immeuble de 12 étages en plein centre-ville au bord de la rivière Yamaska me semble le résultat de l’improvisation. Certes, il est essentiel de répondre à un problème bien réel : le besoin d’augmenter la densité des quartiers de la ville pour ralentir l’étalement urbain. Mais a-t-on un vrai plan de densification urbaine qui tient compte de l’harmonisation des nouvelles constructions avec le milieu existant? A-t-on considéré d’autres terrains?

Selon un rapport de la SCHL de 2004, « toutes les formes de densification n’amènent pas les mêmes bénéfices en matière de qualité du milieu urbain (…). Plusieurs exemples de secteurs denses, réalisés en sol québécois, nourrissent les réticences : (…) tours de logements mal intégrées aux quartiers environnants, espaces publics et privés négligés, végétation détruite (arbres matures coupés), etc. De ce fait, l’intention de densifier se heurte parfois à l’opposition de résidents établis à proximité, qui redoutent une augmentation de la circulation, une perte d’ensoleillement ou de vue, une incompatibilité des nouveaux bâtiments et des anciens, etc. »

A-t-on consulté des experts en urbanisme et en densification urbaine ? A-t-on tenu compte du plan d’intégration architectural à Granby ? A-t-on même soumis le projet à un comité consultatif en urbanisme (CCU) ? Il est choquant de voir que la même municipalité qui a favorisé l’énorme développement immobilier des terres Miner soutient aujourd’hui une solution à la pièce, sans véritable planification urbaine, qui contient plus de désavantages que d’avantages sans résoudre vraiment le problème de la densification urbaine.

Un projet de densification comme cette tour de 12 étages aura pour effet d’augmenter la circulation automobile dans un secteur déjà fortement impacté par le goulot d’étranglement du pont Patrick-Hackett et l’achalandage venu de l’urbanisation des terres Miner. La construction d’une tour de 12 étages va déséquilibrer le cadre bâti existant, affecter l’ambiance conviviale du quartier, projeter une ombre indésirable sur de nombreux bâtiments existants et nuire à long terme à la mise en valeur de ce secteur de la rivière Yamaska, joyau naturel de la ville de Granby et qui, disons-le, manque sérieusement d’amour.

Tout le monde est pour la densification urbaine et la protection des milieux naturels. Mais elle doit se faire avec de la profondeur et porter une vision d’avenir pour ne pas gâcher le cadre bâti qui existe déjà de façon à augmenter la qualité de vie des résidents et l’attractivité auprès des utilisateurs et non le contraire. Les grandes tours d’habitation sont des milieux impersonnels. On a vu les effets pervers de ce type de projets dans toutes nos grandes villes. Derrière ce projet de construire en hauteur, il y a toujours la maximisation de l’investissement qui motive les promoteurs. Est-ce à eux de décider de l’avenir de nos quartiers ?

Jean-Thomas Bédard

Granby