Un buffet électoral sans saveur

COMMENTAIRE / Depuis quatre ans, le gouvernement libéral nous a offert sa vision des choses en alimentation. Nous avons maintenant un guide alimentaire plus urbain, quelques accords commerciaux ratifiés qui ont affaibli la gestion de l’offre et une politique alimentaire vide de sens, mais dans l’ensemble, on peut affirmer que les quatre dernières années ont été intéressantes. Les campagnes électorales repoussent souvent les débats liés à l’alimentation et l’agriculture pour laisser place à d’autres enjeux tout aussi importants. Nous voyons rarement quelque chose ressortir d’une campagne nationale pour le secteur agroalimentaire, car d’autres priorités ont tendance à attirer davantage l’attention.

Un récent sondage mené par Angus Reid Global au début septembre, avec l’aide de l’Université Dalhousie, suggère que les attentes des Canadiens suivent le même modèle que celles identifiées lors d’élections antérieures. Au total, 31 % seulement des Canadiens estiment que l’alimentation et l’agriculture constitueront un enjeu électoral primordial pour les élections fédérales cet automne. Le cynisme est bien au rendez-vous.

Notre enthousiasme pour les politiques agroalimentaires n’a jamais été aussi palpable. Mais notre confiance envers nos institutions politiques n’a jamais été non plus aussi basse. Cela constitue donc la raison pour laquelle nous ne nous attendons pas vraiment à discuter des vrais enjeux agroalimentaires durant une campagne, outre la gestion de l’offre, évidemment.

Mais lorsqu’on pose des questions sur les enjeux qui méritent d’être abordés pendant une campagne, certaines régions se démarquent. Pour ce sondage, les gens questionnés pouvaient choisir plus d’un enjeu. Les enjeux moins populaires n’ont pas été retenus. Le problème le plus important semble lié à la sécurité alimentaire et l’abordabilité des aliments, car trois Canadiens sur cinq estiment qu’il s’agit de l’une de leurs principales préoccupations.

L’utilisation du plastique dans les aliments a manifestement attiré l’attention des électeurs au pays ces derniers mois. Notre enquête suggère que 54 % des personnes interrogées pensent que l’utilisation du plastique dans les aliments représente un enjeu électoral important. Toutes les régions dépassent le seuil du 50 %, sauf l’Alberta et la Saskatchewan.

L’enquête suggère également que le gaspillage alimentaire représentera le troisième enjeu agroalimentaire en importance au pays. Au Québec, 61 % de la population estime que cet enjeu revêt une grande importance, comparativement à 45 % dans la région de l’Atlantique. L’enjeu des collectivités du Nord occupait également un rang élevé pour 54 % des Manitobains, contre 19 % pour les Québécois.

Les politiques de commerce international pour le secteur agroalimentaire divisent le pays. La gestion de l’offre et notre système de quotas, une politique protectionniste qui existe depuis fort longtemps au pays, constituent également un sujet de préoccupation pour les Canadiens. Bizarrement, la Saskatchewan se retrouvait au premier rang avec 35 %, même si la gestion de l’offre ne représente pas une question économique d’importance pour la province. Là où la gestion de l’offre exerce une influence économique importante, 32 % des Ontariens et 27 % des Québécois estiment que la gestion de l’offre constitue un sujet important. De l’autre côté du spectre des échanges commerciaux, les Saskatchewanais ont manifestement à l’esprit les traités de libre-échange commerciaux. Au total, 51 % des gens interrogés croient que les traités de libre-échange pour le secteur agroalimentaire constituent un enjeu important pour cette campagne, comparativement à seulement 19 % au Québec.

La pénurie de main-d’œuvre nuit au secteur agroalimentaire partout ces temps-ci. Mais l’importance que l’on attribue à ce phénomène varie d’une province à l’autre. Au total, 32 % des Québécois considèrent la main-d’œuvre dans le secteur agroalimentaire comme un enjeu très important, le plus haut taux au pays.

Peu de Canadiens croient que notre nouvelle politique agroalimentaire et notre nouveau guide alimentaire devraient être modifiés. Dans les deux cas, seulement 16 % des gens s’attendent à ce que le prochain gouvernement retravaille la politique agroalimentaire des libéraux et révise le guide alimentaire. Pour un changement à la politique alimentaire nationale, les taux plus élevés se concentrent plutôt dans l’est du pays, mais ne dépassent guère 19 %.

Le sondage sur les partis et les politiques agroalimentaires a surpris quelque peu. Le nombre de gens incertains est très élevé, avec 42 % à l’échelle nationale. Mais quand les gens pourraient identifier un parti politique, les conservateurs ressortaient comme étant le meilleur intendant national du secteur agroalimentaire, suivi par le Parti libéral et le Parti vert. Les conservateurs occupent la première place dans toutes les régions. Le Parti vert se classe deuxième au Québec et dans l’Atlantique. Fait intéressant, le Parti populaire du Canada se classe au deuxième rang en Saskatchewan. En fait, l’appui du Parti populaire du Canada équivaut à celui du nouveau Parti démocratique, à l’échelle nationale.

Résultats intéressants, mais il n’en demeure pas moins que les Canadiens ne s’attendent pas à grand-chose durant la campagne, du moins en ce qui concerne l’alimentation. Aucun des partis politiques n’a de mots pour l’abordabilité des aliments, la sécurité alimentaire et la prospérité économique du secteur de la transformation. Certaines mesures sont prévues pour les agricultrices et agriculteurs, mais il n’y a pas grand-chose pour l’innovation alimentaire ou le soutien aux nouvelles entreprises novatrices du secteur.

Près de 10 % de l’argent que nous dépensons en tant que consommateurs est consacré à notre nourriture. Le chiffre d’affaires du secteur au détail dépasse les 200 milliards de dollars et le domaine de la transformation alimentaire est le plus grand de tous les secteurs manufacturiers au Canada. Tout cela mérite un peu d’attention. Nous assistons souvent à une campagne électorale au régime. Espérons que cet automne, la campagne électorale fera un peu de place aux vrais enjeux qui affectent notre assiette.

L’auteur, originaire de Farnham, est doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires
de l’Université Dalhousie.