À la minute où Donald Trump deviendra président, il faut s'attendre à un feu roulant de décisions et de déclarations incendiaires sur Twitter, qui mettront constamment la planète sur le qui-vive.

Survivre au chaos Trump

À partir de vendredi, tout peut arriver. Absolument tout. Car nous sommes sur le point d'entrer de plain-pied dans l'ère du chaos. Le chaos Trump. Comment y survivre ?
Mais d'abord, il faut comprendre le personnage, aussi imprévisible et irrationnel soit-il.
Quiconque a pu observer de près et sur une assez longue durée le comportement outrancier d'un sociopathe sait bien que la fonction ne changera pas l'homme lorsque Donald Trump s'installera dans le Bureau ovale. Il en est incapable. Et même s'il le pouvait, pourquoi changerait-il la recette gagnante qui lui a valu, à la surprise générale, d'être élu président des États-Unis en dépit de ses innombrables dérapages ?
Il nous faudra donc composer tous les jours avec un être dont les tares sont si nombreuses et si profondes que réunies en une seule personne investie de pouvoirs immenses, elles composent un cocktail toxique pour la survie de la race humaine.
Exagération ? Oh que non ! On a tendance à douter que des hommes ayant l'air sain d'esprit, dynamique, convaincant, puissent en réalité être aussi destructeurs parce que - heureusement - ils ne pullulent pas dans notre société et que la plupart d'entre nous n'en côtoieront pas dans leur vie. Hélas, anomalie de l'Histoire, il y en a un qui a profité d'un concours de circonstances incroyable pour mettre la main sur les codes nucléaires. 
Quels sont ces traits narcissiques que Trump nous a montrés au grand jour depuis 18 mois sans une once de gêne ? Voyons voir : aucun sens du bien commun, absence totale d'empathie, menteur invétéré, intimidateur, guerrier et provocateur, revanchard, sans remords et sans scrupules, irrespectueux... N'admet aucune critique, ne reconnaît jamais ses erreurs, ne s'excuse jamais. Les règles ne s'appliquent qu'aux autres, pas à lui qui se prend pour un demi-dieu.
Sa soif inaltérable de victoires, il ne peut l'étancher que si son interlocuteur - l'ennemi - ne subit pas une défaite humiliante. Conséquemment, il est incapable d'un compromis réel, car il ne croit pas à la stratégie gagnant-gagnant. À se rappeler quand Trump renégociera - imposera, plutôt - des accords commerciaux ou militaires, le couteau sur la gorge de ses alliés et partenaires plus faibles.
Il s'assure d'être conseillé par des « yes men », puisqu'il ne tolère pas d'être contredit. D'où l'impossibilité de lui faire entendre raison quand il prendra des décisions potentiellement catastrophiques pour le monde entier.
À la minute où Trump deviendra président, il faut s'attendre à un feu roulant de décisions et de déclarations incendiaires sur Twitter, qui mettront constamment la planète sur le qui-vive. Son énergie débordante, son désir démesuré d'être le centre de l'attention et son influence gigantesque contribueront à faire bondir le niveau d'anxiété aux quatre coins du globe lorsqu'il défiera à coup sûr la Chine, l'Iran, la Corée du Nord, l'Europe, et qui d'autre encore.
Cela dit, comment survivre au chaos Trump ?
Trois choix s'offrent face à un tel énergumène : se soumettre docilement à ses diktats pour rester dans ses bonnes grâces ; s'opposer à lui au risque de se faire écraser par lui ; ou bien l'éviter à tout prix en le fuyant. Seules les deux premières options sont disponibles pour le premier ministre Justin Trudeau, car le Canada, voisin obligé, ne pourra fuir Trump. Mais quant aux simples citoyens que nous sommes, que faire ?
La solution radicale, c'est d'imiter les Amish, et de ne pas se tenir au courant de l'actualité. Jamais. Ni américaine, ni internationale, ni canadienne, ni provinciale, ni même régionale. Qu'on le veuille ou non, les agissements dévastateurs de Trump auront un impact susceptible d'ébranler l'économie ou la paix sociale dans nos régions. Ce sera presque impossible d'y échapper à moins - et encore ! - de devenir un ermite.
Autre option : espérer pour le mieux, mais s'attendre au pire, tout en restant zen. Oui, il est possible que Trump ne soit pas en mesure de gouverner bien longtemps. Qu'il soit destitué, par exemple, ou qu'il tombe malade, avant d'avoir le temps de causer des dommages irréparables. Mais soyons réalistes, il est beaucoup plus probable que nous soyons contraints d'endurer ses dérives jour après jour. Alors, adoptons ce mantra à la mode et plus que jamais à propos : concentrons-nous sur ce qui va bien dans nos vies, les personnes qui nous sont chères, et vivons le moment présent comme si c'était le dernier. 
Jean-Pascal Beaupré
Ancien directeur des pages éditoriales de La Presse, il a dirigé des journalistes dans six quotidiens, dont La Tribune et Le Soleil.