Ne sous-estimons pas le potentiel d’émancipation que porte le choix conscient de faire mieux pour réduire notre empreinte environnementale, estime Jean-François Petit.

Pour avoir encore de la neige... blanche si possible

Je voudrais remercier Isabelle Gaboriault pour avoir ravivé encore plus chez moi le feu du changement. Je comprends bien la réflexion que l’on est amené à avoir en lisant son billet Blancs comme neige, vraiment ? On se demande combien les gestes environnementaux que nous pouvons faire pourraient bien peser dans la balance planétaire alors que d’autres gestes ailleurs, et parfois pas si loin de nous, annulent nos actions.

Cette réflexion est valable, mais je crois qu’elle peut annihiler chez certains le désir de passer à l’action. Et c’est ce qui blesse. Ça ne blesse pas la planète, détrompez-vous. Ça blesse l’humain. Et c’est ça le réel enjeu ne pensez-vous pas ? Croyez-vous vraiment que la race humaine va pleurer toutes les espèces qu’elle a menées à l’extinction si elle-même se raye de la surface de la planète par le fait même ? Et la planète va s’en remettre... Il restera bien quelques bactéries sur sa surface, n’en déplaise à ceux qui utilisent des savons antibactériens. Et il paraît que ça a déjà été la bougie d’allumage de la vie sur terre dans le passé.

« Ne tuez pas la bonté du monde ». Les gens qui adoptent des modes de vie plus écologiques le font avant tout pour eux, pour leur propre sentiment de faire partie de la solution. Ils le font pour leur prochain. Moi je le fais aussi pour mes enfants. Non pas que j’en veuille un prochain : je suis comblé avec les deux que la vie m’a prêtés. Mais je crois que c’est à nous de créer le changement. Qu’on cesse de dire que les enfants sont notre avenir : NOUS pouvons changer l’avenir de nos enfants. Et comme le dit le proverbe : si jeunesse savait, si vieillesse pouvait... et bien, nous qui sommes juste entre les deux, nous savons ET nous pouvons. C’est le temps de faire quelque chose.

Le chef autochtone Rolling Thunder disait : « Les gens ont remis leur santé entre les mains du médecin, leur argent entre les mains de leur banquier et de leur conseiller financier, leur âme entre les mains de leur prêtre, leurs enfants au système d’éducation et, ce faisant, ils ont perdu le contrôle sur leurs propres vies. »

Ne sous-estimons pas le potentiel d’émancipation que porte le choix conscient de faire mieux pour réduire notre empreinte environnementale. Ce faisant, nous redécouvrons notre capacité à apprendre, à changer de perspective, à se réapproprier des connaissances et des plaisirs fondamentaux comme de cuisiner maison, de jardiner, de réparer, de créer, de partager avec notre voisin... Loin de nous le désir de devenir des « enverdeurs ». Nous le faisons parce que ça nous fait du bien et de plus en plus de gens le font aussi parce qu’ils ont constaté que nous sommes heureux.

Et lorsque vous parlez qu’il faut que les structures de la société, notamment les gouvernements, décident de mettre en place des mesures facilitatrices, je suis aussi d’accord. Mais pour suivre les conseils de Rolling Thunder, je ne remets pas mon pouvoir de citoyen entre les mains du gouvernement. Le dernier politicien qui, je crois, voulait faire de grands changements pour le bien de son peuple s’est pris une balle dans sa Lincoln Continental décapotable.

Les gouvernements fonctionnent d’élection en élection. Ils répondent à l’humeur ambiante et aux désirs perçus de leur population pour se faire élire. Ensuite, ils font ce que leur dicte la corporatocratie. Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde et par effet d’entraînement, nous aurons peut-être des gouvernements et des entreprises qui agiront dans ce sens. Pas l’inverse.

Jean-François Petit

Facilitateur de transition pour Demain Granby