Patriotisme et identité

COURRIER DES LECTEURS / Dernièrement, M. Philippe Couillard, adepte d’un fédéralisme canadien totalement assimilateur, affirmait qu’à ses yeux, le fédéralisme est « la façon la plus moderne de faire coexister les peuples » à condition de leur permettre « d’exprimer » et de « vivre leur identité propre, avec les outils pour le faire ». Probablement que François Legault dirait la même chose avec son pseudonationalisme.

Voilà des propos qui expriment bien la quadrature du cercle ou le cul-de-sac dans lequel sont placés tous les peuples minoritaires vivant sur des territoires gérés par des gouvernements noyautés par la nation majoritaire. Aucun de ces petits peuples ne pourra réellement vivre selon son identité propre parce que jamais le gouvernement et la constitution du territoire sur lequel ils vivent ne le permettront.

Malgré des résultats référendaires appuyant clairement l’indépendance des Catalans et des Kurdes, l’Espagne et l’Irak refusent de respecter la décision démocratique de ces peuples. Dans ce contexte, les petits peuples n’auront jamais les outils nécessaires pour vivre pleinement selon leur identité. Dans l’humiliation, ils devront vivre comme des peuples de seconde zone et se contenter platement des miettes quêtées durant des décennies. Leur identité nationale sera éternellement niée, banalisée, marginalisée au point de disparaître dans un multiculturalisme artificiel et assimilateur.

L’identité québécoise comme celle de tous les peuples est constituée fondamentalement par un attachement viscéral à son territoire, à sa langue, à sa culture, à ses valeurs profondes issues de ses gênes et de son histoire, à sa capacité de contrôler pleinement son destin, à son pouvoir de traiter d’égal à égal avec toutes les autres nations. Tout ça et rien de moins. Voilà les valeurs identitaires fondamentales qui devraient couler dans les veines de tout vrai patriote québécois. C’est pourquoi il faut se demander si le patriotisme québécois­ existe vraiment.

Pour empirer les propos de M. Couillard, l’ancien diplomate M. Raymond Chrétien appelle à corriger une « grave lacune », c’est-à-dire l’absence de la signature du Québec au bas de la Loi constitutionnelle de 1982. Il a le culot d’affirmer que « c’est seulement à ce moment-là que la nation québécoise (. . .) sera en paix avec elle-même et avec le monde. » Faux et archi-faux ! La nation québécoise sera en paix avec elle-même et avec le monde seulement le jour où elle pourra mettre sa signature au bas du document déclarant son indépendance et sa reconnaissance à titre de nation souveraine. Ou bien la nation québécoise existe ou bien elle n’existe pas ! Et cela est vrai pour les Catalans, les Écossais et les Kurdes. La déclaration du général de Gaulle à l’hôtel de ville de Montréal finira-t-elle par s’appliquer à tous les peuples sans exception ?


André Beauregard

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