Suis-je la seule à les trouver beaux, les papas ? Je les trouve à la fois fragiles et forts, tendres et un brin inaccessibles, et, si je peux me permettre, ils sont à mes yeux la parfaite incarnation de l’expression « adulte avec un cœur d’enfant ».

Papas, vous êtes beaux!

Suis-je la seule à les trouver beaux, les papas ? Je les trouve à la fois fragiles et forts, tendres et un brin inaccessibles, et, si je peux me permettre, ils sont à mes yeux la parfaite incarnation de l’expression « adulte avec un cœur d’enfant ». Comme je n’ai pas envie de sombrer dans le négatif aujourd’hui, je précise ici que ce n’est aucunement péjoratif.
Mon cerveau est un mind mapping qui change toutes les secondes, tandis que celui de mon chum ressemble davantage à une ligne du temps bien droite qui défile tranquillement.

Les pères ont toutefois la vie dure dans l’espace public et les discussions privées « entre filles ». On les dépeint bien souvent — trop souvent — comme des irresponsables non autonomes, des machos insouciants aux deux pieds dans la même bottine, qui ne participent pas assez aux tâches ménagères et encore moins au partage de la fameuse charge mentale. Et vous le savez comme moi : les clichés ont la vie dure !

Je ne suis pas mieux que personne : il m’arrive, je l’avoue, de moi aussi évacuer quelques frustrations sur le dos de mon conjoint. J’essaie de plus en plus de tempérer mes humeurs, mais je m’échappe encore à l’occasion. Encore trop souvent, je m’en confesse, et surtout lorsqu’entourée d’autres mères qui décident d’ouvrir la valve du men bashing autour d’un café ou d’un verre de vin. Ah, l’effet de groupe !

Pourtant, aucun papa de mon entourage ne semble mériter un tel traitement. Et quand je regarde la situation dans le miroir, j’y vois le reflet d’une certaine envie.

Alors que mon cerveau est un vrai bordel de choses à faire qui me précède de plusieurs heures ou plusieurs jours, celui de mon conjoint semble respirer la zénitude, bien ancré dans le moment présent. S’il fallait illustrer nos deux univers à l’aide d’un beau graphique, je dirais que le mien ressemble à un mind mapping qui change toutes les secondes, et le sien, à une ligne du temps bien droite qui défile doucement.

Remarquez, je soupçonne parfois qu’il veuille donner l’impression d’être un canard voguant sur l’eau paisiblement, mais dont les pattes se font aller à un rythme fou...

Ce n’est aucunement scientifique comme enquête, mais grosso modo, je dirais que beaucoup s’entendraient pour dire que ça ressemblerait pas mal à ça dans bien des couples...

« Branchés » différemment

On s’est un jour amusés, mon conjoint et moi, à trouver une explication « sans doute possible » à cette différence de fonctionnement. On en est arrivé à la conclusion que le tout remontait à l’âge de pierre. Pour chasser le mammouth, les hommes ne devaient se concentrer que sur ledit mammouth pour le rapporter fièrement à la grotte. Pendant ce temps, les femmes devaient gérer tout le reste (la cueillette, les enfants, la caverne, etc.)

Bon, évidemment, on n’a aucune preuve de tout ça, ni même une hypothèse bien formulée. Et même si on a de toute façon heureusement bien évolué depuis, il reste que des différences physiologiques persistent dans le cerveau de l’un et de l’autre, selon la littérature scientifique.

La professeure Ragini Verma et ses collègues de l’Université de Pennsylvanie ont établi les cartes détaillées du connectome (plan complet des branchements cérébraux) d’hommes et de femmes et en sont arrivés à la conclusion qu’ils étaient « branchés » différemment. Les hommes sont en moyenne plus aptes à apprendre et à exécuter une seule tâche, tandis que les femmes ont une mémoire supérieure et une plus grande intelligence sociale qui les rendent plus aptes à exécuter de multiples tâches et à trouver des solutions pour le groupe.

On serait donc génétiquement programmés pour fonctionner comme on fonctionne depuis... toujours.

Évidemment, ce n’est pas une raison pour s’asseoir là-dessus. Mais des fois, je me dis que la nature est si bien faite qu’elle nous a créés complémentaires autant physiquement que psychologiquement. Et que rendu au XXIe siècle, si chacun y met un peu du sien, on peut former une maudite belle équipe en tant que « gestionnaires du nid familial ».

Merci

En cette fête des Pères — et, tant qu’à y être, tous les jours à venir —, pourquoi ne pas se concentrer sur tout ce que les papas font de bien au quotidien ? Non, peut-être qu’il ne plie pas les deux ou trois brassées de lavage qui traînent sur la sécheuse depuis une semaine. Peut-être non plus qu’il n’a pas pensé de dire à l’éducatrice de Tristan qu’il serait absent le lendemain pour un rendez-vous chez le médecin. Peut-être même qu’il a oublié d’acheter du lait, comme on le lui avait texté.

D’un autre côté, il a lavé l’extérieur de la maison. OK, ça ne pressait pas, mais il l’a fait quand même. Il a aussi appelé pour régler le problème avec le câblodistributeur — on s’en fichait un peu, mais c’est réglé maintenant, tant mieux. Et il a amené Jacob au parc pendant qu’on préparait le souper — ce n’était pas nécessaire, mais c’était bienvenu.

Il vient aussi parfois nous rappeler qu’on a le droit de ralentir. De ne pas tout faire, de ne pas penser à tout tout le temps. On a tendance à l’oublier quand on est limite « gère-mène ». Et encore là, secrètement, on sait dans le fond qu’il a raison. On ne le lui dira peut-être pas — pourquoi d’ailleurs ? —, mais on l’envie, tout en se disant que finalement, on s’en met trop sur les épaules, et que tout n’est finalement pas si grave ou important. C’est correct, d’être cool. Et de s’amuser innocemment.

Juste pour ça, merci, les papas. Et pour tout le reste aussi.