Nous ne sommes pas comme ça!

LA VOIX DES LECTEURS / Un vieux principe affirme qu’il est difficile d’être juge de sa propre cause.  À chaque dérapage touchant la société québécoise, des voix s’élèvent pour nuancer et relativiser les faits. On aime dire et redire que les propos haineux et les actes violents présents un peu partout sur le territoire québécois sont le lot d’une infime minorité qui serait extrêmement discrète et fort bien cachée dans la majorité silencieuse.

Et pourtant, sous le couvert de l’anonymat, cette infime minorité inonde les réseaux sociaux de ses commentaires anti tout : anti-réduction des GES, anti-vaccins, anti-orientations sexuelles autres qu’hétérosexuelles, anti-égalité homme-femme, anti-immigrants, anti toute forme d’expression religieuse. Cette façon de penser et de parler n’est-elle pas le lot de beaucoup de québécois de notre entourage ?

Ne faudrait-il pas commencer par nous inquiéter du fait que les populistes de tout acabit qui se targuent de leur proximité avec la population reçoivent tant d’appuis un peu partout sur la planète? Comme le rappelait Boucar Diouf : « La tortue juchée sur un piquet n’a pas grimpé là toute seule! » 

Par qui sont élus les dirigeants qui flattent les bas instincts de leurs partisans et les inondent de mensonges?  Dans tous les pays du monde, y compris le Québec, le pourcentage de la population qui applaudit les discours et les lois rétrogrades augmente de façon fort inquiétante tel un tsunami détruisant tout sur son passage. 

Nos éducateurs ont réussi durant un certain temps à faire évoluer nos sociétés au point où il était devenu inacceptable de tenir certains propos mensongers et antisociaux. Il devenait politiquement incorrect d’en faire mention publiquement. La conscience humaine, comme les Jeux olympiques, visait plus haut, plus loin. La réflexion de grands penseurs tels Platon et bien d’autres a toujours cherché à sortir l’Humanité de la grotte de l’obscurantisme. Cette démarche a-t-elle gagné son pari ?

Or, notre époque est teintée par un obscurantisme encore plus grave : la malhonnêteté intellectuelle. Elle est en train de corrompre non seulement certains politiciens, mais aussi des universitaires et certains chroniqueurs présents dans les grands journaux et les grands canaux télévisuels. Concernant des enjeux tels les droits humains et la démocratie, leurs discours démontrent une telle indifférence et une telle insouciance que nous sommes en droit de nous demander si l’Humanité sera détruite par les conséquences du réchauffement climatique ou par la corruption des cerveaux.

Personne ne veut l’admettre, mais le dangereux discours nationaliste que l’on retrouve dans presque tous les pays, y compris le Québec, sème à tout vent son lot de préjugés et ouvre la porte à la discrimination qualifiée trop souvent de modérée. Ce même discours nationaliste gruge régulièrement le cœur de la démocratie en méprisant ouvertement les systèmes de justice et les chartes des droits humains. 

Maintenant, tout doit se régler dans la rue par le vote populaire noyauté par l’ignorance, la peur et la hargne : une forme de lynchage public. La malhonnêteté intellectuelle se permet d’appliquer la morale de la fable du loup et de l’agneau : « La raison du plus fort est toujours la meilleure ». 

En d’autres mots : vive la dictature de la majorité!

André Beauregard

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