Notre panier d’épicerie en 2020

COMMENTAIRE / Durant les Fêtes, les gens aiment se gâter, et pourquoi pas. La plupart d’entre nous mangeront toutes sortes de choses, et parfois un peu trop. Durant cette période de festivités, le coût des aliments devient un élément secondaire. Mais tôt ou tard, la réalité des dépenses nous rattrape.

Le rapport annuel sur le prix des aliments, présenté par les Universités Dalhousie et Guelph, nous révélait de mauvaises nouvelles au début décembre. Chaque famille devra dépenser environ 500 dollars de plus en 2020 pour se nourrir. Le taux d’inflation alimentaire dépassera vraisemblablement celui de l’inflation générale pour une quatrième année consécutive. Et les consommateurs le remarquent. En effet, un récent sondage d’Angus Reid, en partenariat avec l’Université Dalhousie démontrait que 87 % des Canadiens estiment que le prix des aliments augmente plus rapidement que le revenu de leur ménage. Cela dépasse largement ce que nous anticipions. D’ailleurs, c’est au Québec et en Alberta où les consommateurs se sentent les plus vulnérables au pays. Tout le monde aime critiquer la hausse des prix des aliments, certes, mais un pourcentage de 87 nous indique un niveau important de vulnérabilité financière à travers le pays. Pratiquement 9 Canadiens sur 10 qui visitent un supermarché croient que la portée de leur argent a écopé depuis quelques années. Après tout, plusieurs familles canadiennes dépenseront pour la première fois au-delà de 13 000 $ en alimentation en 2020.

Bien sûr, le prix des légumes, des fruits et de la viande inquiète. Pour les autres produits en magasin, l’inflation alimentaire ne constitue pas une problématique aussi sérieuse. Certaines sections même, comme les produits surgelés, jouissent d’une immunité face à l’inflation alimentaire. Les aliments surgelés ont augmenté de peu cette année comparativement aux légumes (12 %).

Pour économiser, 60 % des Canadiens expriment leur intention de manger moins souvent au restaurant. Un vœu bien pieux, compte tenu du rythme de vie effréné de tout un chacun. En revanche, on ne s’étonnerait pas si certains décidaient de fréquenter des établissements moins dispendieux en 2020. En somme, et sans surprise, 73 % des Albertains ont l’intention de manger moins souvent au restaurant en 2020, tandis que 71 % des Manitobains ont l’intention de faire de même.

Au total, 49 % souhaitent utiliser fréquemment des circulaires et des bons de réduction, surtout au Québec où les résidents sont les champions du couponnage au pays. D’autre part, 48 % des Canadiens veulent visiter d’autres supermarchés en 2020 à la recherche de rabais. L’achat en vrac devient également un choix populaire pour 41 % des Canadiens. Alors que 31 % souhaitent consommer plus de produits à base de plantes et moins de viande, 24 % envisagent de se rendre plus souvent dans l’allée des aliments surgelés l’année prochaine pour économiser de l’argent.

Le sondage a également demandé aux Canadiens quelle résolution en matière d’alimentation ils avaient l’intention d’adopter pour 2020. La volonté de réduire le gaspillage alimentaire représentait le choix numéro un dans toutes les régions, à l’exception de la Saskatchewan. Une résolution intéressante, étant donné que le gaspillage alimentaire est aussi souvent associé aux changements climatiques. Au total, 53 % des Canadiens ont l’intention de réduire au maximum leurs déchets en 2020. Manger plus de légumes et de fruits représentait le deuxième choix le plus populaire, à 46 %.

Au total, 44 % des Canadiens promettent de cuisiner davantage en 2020 qu’en 2019. Dans quelques jours, plusieurs déballeront un livre de recettes à Noël. Mais le livre sera-t-il utilisé, ou trônera-t-il sur la table à café en accumulant la poussière ? Une résolution survivra au test du temps seulement si des convictions profondes la soutiennent.

Vouloir changer de régime (42 %), manger plus de restes (30 %), apporter un lunch au travail plus souvent (25 %), gérer son emploi du temps plus sagement (23 %), découvrir de nouvelles cuisines (18 %) constituaient les meilleurs choix pour les Canadiens en 2020.

En principe, la majorité des Canadiens souhaitent changer leurs habitudes alimentaires en 2020, question d’épargner un peu. Mais ce qui ressort principalement du sondage est fort simple. Notre relation collective avec l’alimentation change, bouleversée par des facteurs que nous ne pouvons contrôler. Ces facteurs nous incitent à investir davantage de temps et d’argent dans nos habitudes alimentaires. En soi, ce n’est peut-être pas une mauvaise chose.

Joyeuses Fêtes tout le monde.

L’auteur, originaire de Farnham, est doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l’Université Dalhousie.