Noël et la pluralité

LA VOIX DES LECTEURS / Aux Fêtes, nous rencontrons une myriade de personnes pouvant nous heurter, nous mettre mal à l’aise ou simplement nous déranger dans notre perspective. Selon l’adage traditionnel, nous sommes appelé.e.s à aimer le prochain.

Cependant, il est plus facile d’aimer son prochain, lorsqu’il n’est pas proche, mais il est infiniment plus ardu d’aimer le différent lorsqu’il est proche. Cela suscite des réactions parfois fondées sur des clichés. Dans la vie, il s’avère impossible d’éviter d’éprouver des préjugés. Ils proviennent de notre éducation, de notre appartenance à une culture précise. Nous sommes toutes et tous pétri.e.s de présupposés souvent inconscients. Le passage le plus difficile consiste à accepter que nous avons toutes et tous été marqué.e.s par un ethos déterminant le regard porté sur le monde.

Ce que souligne Noël, pour le christianisme, est certes la naissance de Jésus, mais également l’ouverture à la pluralité. Par exemple, l’insistance de la présence des bergers s’avère fort révélatrice. Ces personnes sont rejetées, à l’époque, parce qu’elles ne peuvent aucunement être en règle religieusement. Or par l’événement de Noël, la divinité se fait proche et s’identifie aux bergers. Dans le récit lucanien narrant l’histoire de la naissance de Jésus, Dieu.e adopte la même demeure que les ostracisé.e.s : « une étable ». Ielle devient un.e exclu.e.

Comment des récits étiologiques antiques peuvent nous interpeller aujourd’hui ? Certes, des pas ont été accomplis depuis, cependant le réflexe de l’exclusion s’appuie souvent sur la peur. Songeons simplement aux femmes portant le voile. N’entendons-nous pas parfois les commentaires suivants : « Elle porte le voile, donc elle est soumise et elle ne nous imposera pas ça ici. » On reconnaît une crainte provenant de l’histoire religieuse du Québec. Est-elle fondée ? Avons-nous été en contact avec ces femmes pour confirmer ou infirmer cette perception ? En prêtant flanc à de possibles lieux communs, ne risquons-nous pas aussi de tomber dans le piège du biais cognitif de confirmation (rappelons que le biais cognitif de confirmation consiste avant tout à sélectionner inconsciemment, les éléments de la société confortant nos convictions, perspectives et choix politiques) ? D’autres lectures de la symbolique du voile se légitiment-elles ? Par exemple, serait-ce possible que certaines femmes revendiquent le voile comme un symbole de résistance au colonialisme qu’on peut retrouver inconsciemment chez des membres de la société québécoise ? Les statistiques dévoilent qu’il y a un net avantage à se prénommer Catherine qu’Agar pour occuper un boulot ou louer un appartement. De plus, est-ce une forme d’androcentrisme et de patriarcat que de soumettre les femmes à des codes vestimentaires ?

Les textes bibliques de Noël nous invitent non pas à nous culpabiliser pour les préjugés que nous portons, mais à les confronter en toute lucidité. Une telle attitude facilite l’accueil de la différence. En terminant, je nous souhaite en ce temps des Fêtes davantage sécularisé, d’aimer et de recevoir, mais également d’être profondément aimé.e et reçu.e comme une sœur, comme un frère en humanité peu importe notre origine.

Patrice Perreault

Granby