N'essayez pas de rendre les 70 ans et plus invisibles

Claude Péloquin, notre grand poète, écrivait dans Niagara : «À force de respecter l’autre, on le tue».

Que vous nous appeliez aînés, vieux, personnes âgées, séniors, et même sages (même si la sagesse n’attend pas nécessairement le nombre des années), nous sommes d’abord et avant tout vos concitoyens. Les «70 ans et plus» ne sont pas une nouvelle souche de l’Humanité, encore moins une manifestation virulente de la COVID-19. 

N’essayez pas de nous rendre invisibles derrière des rideaux. Ne nous étouffez pas, par amour ou par honte. Nous voulons faire partie de cette Histoire collective que nous vivons de force en ce moment. Pas plus confinés que les autres, pas moins. Nous sommes tous dans le même bateau face à un ennemi commun. Laissez-nous choisir nos armes pour cheminer et combattre à vos côtés. Pour les aînés qui ont la chance d’être encore sur le marché du travail, l’après-COVID-19 se traduira quand même en un avenir professionnel rétréci, parfois comme une peau de chagrin. On ne veut pas en perdre une seule minute. 

On est faits pour vivre ensemble, tous âges confondus. Laissez-nous vivre le reste de notre âge avec nos familles, parmi nos concitoyens. Et même si nous sommes plus à risque de mourir de la COVID-19, c’est à nous de décider de notre degré d’exposition lors du déconfinement, tout en respectant les règles communes à tous. Laissez-nous cheminer dans ces terribles dédales de l’Histoire sans nous infantiliser avec toutes sortes de discours prononcés par des personnalités qu’au demeurant nous aimons bien. Mais là n’est pas la question. À partir d’un certain âge, il y a moins de variété dans les choix à venir. Et, en définitive, pour ceux d’entre nous dont le choix, pour paraphraser André Comte-Sponville, est de ne pas «sacrifier sa liberté sur l’autel de la santé», laissez-nous faire ce choix en paix. 

Comprenez-moi bien, ceci n’est pas un pied de nez ni un défi lancé à la COVID-19. Bien au contraire, c’est un ennemi de taille, mais que nous voulons combattre parmi les nôtres. Il arrive un temps où l’on ne pavoise pas devant la mort. Les bons moments passés avec ceux qu’on aime sont de loin le meilleur antidote aux agressions de toutes natures. L’isolement et l’exclusion affaiblissent physiquement et moralement. Ceci est valable de l’enfance à l’âge avancé.

Merci, mes chers concitoyens.