Monsieur Breton et les paradis fiscaux

LA VOIX DES LECTEURS / Lorsque vous êtes venu présenter votre programme électoral le 16 septembre dernier au Carrefour Bingo après avoir été invité par l’AQDR Granby, vous avez été d’une franchise indéfectible.

Je vous en remercie, étant donné que vous vous êtes vraiment révélé. Vous nous avez donné, ce jour-là, les raisons pour lesquelles vous avez voté non à la motion M42 présentée par le député bloquiste Gabriel Ste-Marie concernant les paradis fiscaux : c’est complexe, c’est international et, pour édulcorer votre vote négatif, vous avez mis en importance le fait que le Parti libéral avait nommé ou embauché une cohorte d’enquêteurs pour empêcher la fraude fiscale.

Cela ne tient pas la route.

Si nous voulons empêcher l’utilisation de paradis fiscaux, il faut aller à la racine. La racine à couper ici ce sont les modifications apportées en catimini aux règlements de l’impôt qui rendent l’évitement fiscal légal. On pourrait mettre légal entre parenthèses. En plus, que faites-vous de la démocratie ?

Les modifications n’ont jamais été votées en Chambre. Les électeurs vous ont-ils élu député pour un vote qui favorise les inégalités grandissantes ? Les avez-vous consultés pour un sujet d’une telle importance ? En plus, les grandes sociétés qui utilisent l’évitement fiscal sont des minières étrangères qui s’inscrivent à la bourse de Toronto et, pour plusieurs, elles sont la cause de bien des maux chez les Africains : eaux polluées, empoisonnement de toutes sortes, voire la mort d’un nombre incommensurable de personnes. Accepteriez-vous qu’un seul des nôtres meure pour laisser une société minière exploiter d’une façon aussi inhumaine les richesses d’un pays ? Ceci ne se passe pas seulement en Afrique.

Quelles sont les causes d’un tel sophisme ? Est-ce la méconnaissance, l’inadvertance, la complaisance où une plus grande facilité à suivre la ligne du Parti sans se creuser les méninges ? Ce sont simplement des questions qui me viennent à l’esprit. La réponse vous appartient en scrutant votre for intérieur.

Premièrement, relevons votre sophisme vous conduisant à voter comme vous l’avez fait. Vous n’aviez pas à tenir compte de ce que pense la communauté internationale pour voter. La loi existait déjà, mais c’est la modification sur les règlements de l’impôt qui annulait la loi. En votant pour la motion, la modification sur « les modifications apportées en catimini aux règlements de l’impôt canadien qui rendent l’évitement fiscal légal » aurait annulé la modification ne laissant aucun moyen de se faufiler pour les fraudeurs.

Autre argument réfutable en disant que « c’est compliqué et international », c’est mince comme motif. On n’est jamais trop petit pour se défendre lorsqu’on est attaqué. David a-t-il demandé à quiconque s’il devait se défendre contre Goliath ? Vous allez me dire que c’est une vieille histoire.

Vous voulez du contemporain ? Remontons alors à 2008. Prenons le cas de l’Islande lors de la crise financière. Le pays a-t-il tenu compte de l’opinion internationale ? A-t-il mis à l’amende les banques ? Non. L’Islande a mis en prison les banquiers responsables des fraudes.

Prenons le cas de Claude Robinson. Cet homme est un autre exemple qui a su défendre ses droits et qui prouve encore une fois que nous ne sommes jamais trop petits pour nous défendre. Que nous ne devons jamais baisser les bras devant l’injustice.

N’oubliez pas que la lutte à l’évitement fiscal est la pierre angulaire pour une société plus juste et humanitaire. Gabriel Ste-Marie, du Bloc québécois, a agi comme il se devait. Pour chaque citoyen, il s’agit de l’appuyer en allant voter pour ceux et celles qui militent contre les paradis fiscaux. Notre candidate bloquiste dans Shefford est Andréanne Larouche.

Pour clore, rappelons le propos suivant : « Ne doutez jamais du fait qu’un petit nombre de gens réfléchis et engagés peuvent changer le monde. En vérité, c’est la seule chose que l’on n’a jamais faite. » Citation de Margaret Mead rapportée dans Le Devoir du 23 avril 2014 au sujet de l’affaire Claude Robinson.

Roger Arbour

Granby