Marcher pour le climat, c’est excellent, mais...

LA VOIX DES LECTEURS / Je reviens tout juste de la marche tenue ce vendredi dans les rues de Granby. Du monde, beaucoup de monde, probablement plus que toute autre démonstration par le passé.

L’objectif est clair et sans équivoque : la population qui a marché dans les villes de notre belle planète souhaite que les gouvernements adoptent des mesures plus musclées afin de lutter contre les changements climatiques ayant cours depuis trop d’années. Pourtant, ces gouvernements ont déjà entendu le message, puisqu’ils ont participé et se sont engagés (parfois désengagés) à Rio en 1992, Kyoto en 1997 et Paris en 2015. Mais qu’attendent-ils ? Pourquoi les mesures tardent-elles à venir ?

Manque de couilles ? Crainte que le système économique flanche ? Peur de déplaire aux lobbyistes pétroliers ? À lire les programmes électoraux, on voit encore mal comment les changements s’effectueront. Certaines idées brillantes viennent de partis qui n’ont aucune chance de former le gouvernement. Parmi les partis capables de gouverner, soit ils ne vont pas assez rapidement, soit on a des doutes sur des promesses dont les effets ne se feront sentir qu’en 2050, soit ils n’y croient pas eux-mêmes.

Tous semblent incapables de démontrer vouloir faire des changements significatifs qui auront un impact tangible d’ici les quatre prochaines années. Mais la marche du 27 septembre a envoyé à tous les partis de tous les gouvernements un signal fort et clair d’une population informée et impatiente.

Cependant… Le sondage Ipsos fait auprès de Canadiens dernièrement dévoilait que 46 % des gens sondés ne voulaient pas payer un cent pour l’amélioration du climat.

A-t-on ici une situation de (encore une fois) « pas dans ma cour, c’est au gouvernement de régler ça » ?

Est-ce que la population envoie vraiment le message au gouvernement de régler les nombreux et complexes problèmes liés aux changements climatiques, en exigeant qu’en plus, ça ne leur coûte rien ?

Minute ! Cessons de jouer à l’autruche. Toutes les générations depuis le milieu du 20e siècle ont contribué à modifier les conditions climatiques pour une « meilleure vie » et personne ne devrait payer pour cela ? C’est peut-être ça la raison pour laquelle les gouvernements ne bougent pas. Avec ce sondage, la population leur envoie le message que « Si ça me coûte quelque chose tes belles promesses, je te débarque ! »

Nous pouvons contribuer un peu plus ou laisser les dégâts à la génération de Greta, soit nos enfants et petits-enfants. Beau cadeau !

Qui parmi la population pourrait : envisager changer son véhicule pour un nouveau à propulsion électrique ? Garder son véhicule à long terme, plutôt que de changer tous les quatre ans (location) ? Revenir à un véhicule « ordinaire » parce que les raisons pour lesquelles ils possédaient un VUS ne s’appliquent plus, à part « j’aime ça être assis plus haut ! ». Qui oserait envisager de ne pas racheter de sea-doo ou un bateau à moteur qui contribue à diverses formes de pollution marine ? Couper un voyage parmi les deux ou trois au calendrier par année ? Se rendre à pied ou à vélo pour faire un déplacement de moins de deux kilomètres pour aller chercher du lait, rapporter un livre à la bibliothèque, se rendre au gym ou à son cours de yoga ? Pourquoi prendre l’auto ? Pour aller plus vite ? Pour ne pas rater un épisode de District 31 ?

Même les réseaux sur lesquels sont emmagasinés vos meilleurs films sur Netflix génèrent des gaz à effet de serre. Tout à fait. Ne rien faire devant votre téléviseur nuit à la planète. Il y a donc un vaste choix d’activités pouvant être modifiées qui aideront le climat.

Peu importe ce choix, il y a un prix : des dollars, du plaisir ou du temps. Pour un vol Montréal-Paris ? Paie une taxe additionnelle de 100 $, paie pour faire planter huit arbres et rends ton voyage carboneutre... ou ne fais pas le voyage du tout. Appelez ça se mettre sur le chemin de la décroissance économique si vous voulez, mais inévitablement, il y aura un prix à payer. De toute façon, connaissez-vous bien des gens qui voyagent ou changent de véhicule simplement pour faire rouler l’économie ?

Je lance un appel à la conscience de chacun. Vous avez eu du plaisir, bien. Envisagez maintenant comment vous comblerez votre petit plaisir lorsque le lac ne sera plus baignable, le village inondé, la forêt brûlée ou la maison envolée ?

Marcher pour le climat, c’est excellent pour mettre de la pression sur les gouvernements. Cependant, prenons le temps de réfléchir à ce que chacun peut faire de plus, maintenant. Sinon, ça va coûter plus cher. C’est Greta et toute sa génération qui nous le rappellent.

Robert Gingras

Granby