Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François­ Blais.

Lutte contre la pauvreté : pourquoi un tel manque d’ambition ?

La mise à jour économique de mardi devrait nous donner une idée des grandes lignes du troisième plan d’action gouvernemental en matière de lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale que nous prépare le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François­ Blais. Après avoir reconnu l’échec des deux premiers plans, adoptés en 2004 et en 2010, le ministre promet que le prochain­ sera « ambitieux ».

Toutefois, tout ce qu’il en a dit jusqu’à maintenant semble manquer cruellement d’ambition et paver la voie à un nouvel échec.

Le ministre Blais promet de faire sortir 100 000 personnes de la pauvreté en amenant leur revenu jusqu’au montant de la Mesure du panier de consommation (MPC), soit 17 716 $ pour l’année de référence 2016. Or, la MPC représente le montant nécessaire à la couverture des besoins de base reconnus (logement, habillement, alimentation, transport et autres). Et la seule couverture de ces besoins est loin d’être synonyme de sortie de la pauvreté.

Par ailleurs, l’objectif de 100 000 est à la fois arbitraire et fort timide. Les dernières données disponibles indiquent que 760 000 personnes n’atteignaient pas le seuil de la MPC en 2014. Le ministre trouve-t-il vraiment ambitieux de promettre de laisser les 660 000 autres personnes dans la grande pauvreté ?

Le ministre Blais a déjà annoncé que le prochain plan de lutte à la pauvreté sera axé sur l’incitation au travail. On sait qu’il compte privilégier l’augmentation de la Prime au travail pour hausser le revenu des travailleurs et travailleuses au bas de l’échelle.

Dans cet esprit, le ministre compte serrer davantage la vis aux personnes assistées sociales pour les pousser vers le marché du travail, comme en fait foi le programme Objectif emploi. Rappelons qu’à compter du mois d’avril, les personnes faisant une première demande d’aide sociale devront obligatoirement participer à ce programme sous peine de voir leur prestation amputée d’un montant pouvant aller jusqu’à 224 $ par mois.

Cela relève de l’indécence quand on sait qu’avec la prestation de base mensuelle de 628 $, les personnes seules arrivent actuellement à couvrir seulement 52 % des besoins de base reconnus. Comment le fait de pénaliser des personnes qui sont déjà en situation de survie pourrait-il être compatible avec un plan de lutte à la pauvreté « ambitieux » ?

Il n’existe pas de solution simple pour faire disparaître la pauvreté dans l’horizon de cinq ans d’un plan d’action. Mais pour le moment, le principal obstacle à contourner est le manque flagrant d’ambition et de volonté politique du gouvernement. Quoi qu’il en dise, la lutte à la pauvreté constitue la dernière de ses priorités. À lui de nous démontrer le contraire !

Serge Petitclerc et Virginie Larivière

Collectif pour un Québec sans pauvreté