L’ours

CHRONIQUE / J’ai beau aimer l’hiver, quand il est en voie de se terminer, comme maintenant, qu’on est à cheval entre deux saisons, chacune incertaine, l’une pas pressée de s’en aller, l’autre encore trop timide pour faire sa place, j’ai de la misère à trouver mon énergie.

J’essaie de me coucher tôt, mais je m’endors tard quand même, et le matin je ne suis souvent qu’un zombie que les rires ou les cris des enfants arrivent à peine à sortir de sa torpeur.

Ça me prend quelques claques au visage ou une vraiment bonne blague ou une très bonne nouvelle pour me fouetter ces temps-ci. (Je précise que c’est une image ici, fouetter. Que les sadomasochistes de la Montérégie ne m’écrivent pas pour me proposer leurs services).

Le café n’y fait rien, ou presque, le chocolat non plus et je songe sérieusement aux électrochocs volontaires. Pendant ce temps, les tâches ménagères s’accumulent dans leur infinie succession, le travail est tout aussi prenant. J’aimerais méditer, mais quand je suis calme je pense au… travail et aux tâches ménagères. On n’en sort pas.

Je me sens comme un ours qui sort de son hibernation, mais je n’ai pas hiberné et je ne suis pas si poilu que ça de toute façon.

Vivement le printemps !

Supporter
Jojoba est entrée à l’âge du « taisez-vous, je veux parler ! ». Dès que Désirée et moi entamons ne serait-ce que le début du commencement du préalable d’une discussion, elle nous interpelle à grands cris : « Maman ! Maman ! Papa ! PAPA ! »

On essaie de l’ignorer, mais ça devient rapidement impossible. Quand finalement on s’arrête pour lui accorder toute notre attention, elle nous regarde pantoise, du haut de ses deux ans, et marque une pause avant de demander : « Tu parles à papa, maman ? »

C’est de la recherche d’attention pure, de la sollicitation sans avoir rien à offrir. Ça a quelque chose de mignon. Et d’insupportable, aussi.

Parlant d’insupportable, il serait temps, à mon avis, que l’État lance une campagne d’information à propos du verbe « supporter » tellement il est mal utilisé au Québec.

Au risque de me répéter, c’est un anglicisme au sens d’appuyer, soutenir, comme dans « soutenir une équipe ». Si on supporte quelqu’un, c’est que cette personne est difficilement supportable. C’est pas un compliment !

Cela dit, je ne suis pas à l’abri d’erreurs moi non plus, comme me l’a fait remarquer un lecteur cette semaine (j’ai écrit « sur une équipe » au lieu de « est dans l’équipe » ou « fait partie de l’équipe »). Même moi j’ai besoin de support, des fois.

La beauté
Je vais vous rabattre (encore) les oreilles avec le livre Le plongeur, de Stéphane Larue, que j’ai rapidement terminé et trouvé excellent. Ce qu’il y a de bien aussi, avec ce bouquin, c’est que c’est un livre de gars. Au sens où il a été écrit par un gars et qu’il s’adresse à tous, bien sûr, mais les gars y trouveront particulièrement leur compte.

Un extrait, où le personnage principal, qui commence une carrière dans le monde exigeant de la restauration, prend une bière avec des collègues et d’autres femmes qu’il ne connaît pas : « L’une d’elles ressemblait à Lauryn Hill [NDLR : ex-membre des Fugees] et je me forçais pour ne pas la regarder trop souvent. »

C’est tellement une réflexion de gars, ça. On essaie de ne pas se laisser émouvoir par la beauté, mais ce n’est pas toujours facile. Quand on aperçoit une très jolie femme, on a le goût de la fixer, mais on sait bien que ça va paraître bizarre… Alors on y va par petits coups, on la regarde furtivement aux 30 secondes, disons, pour ne pas que ça paraisse.

Ou on ferme les yeux quand on voit une fontaine ou une fille, comme chantait Félix Leclerc.