Au Québec, de plus en plus de propriétaires d’immeubles résidentiels du secteur privé ne permettent plus de fumer dans leurs logements.

Logements abordables sans fumée : vers une plus grande équité

Depuis 20 ans, d’énormes progrès ont été réalisés en matière de protection de la population contre la fumée de tabac secondaire (FTS) dans les lieux publics et les milieux de travail au Québec. Ces progrès ont transformé les normes sociales à l’égard du tabagisme et ont provoqué un effet d’entraînement dans le secteur résidentiel où de plus en plus de ménages ne permettent plus de fumer à l’intérieur de leur maison.

Au Québec, de plus en plus de propriétaires d’immeubles résidentiels du secteur privé ne permettent plus de fumer dans leurs logements. Les administrateurs d’immeubles de logements abordables commencent également à manifester de l’intérêt pour trouver des solutions afin de mieux protéger leurs locataires contre la FTS. Malheureusement, de telles interventions ne font pas l’unanimité. On craint qu’elles viennent accentuer les inégalités sociales en imposant des contraintes additionnelles aux fumeurs démunis désireux d’accéder à un logement abordable. À notre avis, il importe de recadrer le sujet dans un contexte d’équité en santé.

« L’équité en santé correspond au principe selon lequel tous les gens devraient pouvoir aspirer à un état de santé optimal et ne devraient pas être limités à cet égard en raison... de leur situation socioéconomique ou de tout autre attribut social. » Le logement abordable vient déjà jouer un rôle important au niveau de l’équité en santé en permettant aux plus démunis de pouvoir obtenir un lieu de résidence.

Or, les sondages montrent que les taux de tabagisme sont généralement plus élevés parmi ce groupe socio­économique, ce qui signifie une présence plus abondante de FTS dans les immeubles de logements abordables. Malheureusement, on mentionne trop peu que les logements abordables abritent aussi une clientèle avec un taux plus élevé d’invalidité et de maladies chroniques comme l’asthme ou le diabète, des conditions qui la rendent plus vulnérable à toute exposition de FTS.

Il s’agit déjà d’un défi pour tout occupant d’un immeuble résidentiel du secteur privé de se relocaliser si toutes ses autres options pour se prémunir contre des infiltrations de FTS sont épuisées. (...) On peut donc s’attendre à ce qu’une personne défavorisée qui parvient à obtenir un logement abordable soit beaucoup moins encline à s’en départir si elle subit un inconvénient à cause de la FTS. (...) Le fait d’offrir un environnement sans fumée dans les immeubles de logements abordables assurerait ainsi une plus grande équité en santé pour cette clientèle.

Les préoccupations à l’égard des fumeurs ne doivent pas être ignorées pour autant. Il faut toutefois préciser que l’enjeu ici consiste à éliminer la présence de FTS dans les immeubles résidentiels et non à empêcher un fumeur d’accéder ou de rester dans un logement abordable ou encore de le forcer à cesser­ de fumer. (...) 

François Damphousse, directeur, bureau du Québec, Association pour les droits des non-fumeurs

Sylvain Boily, directeur général, Office municipal d’habitation de Longueuil

Mario Champagne, agent de planification, de programmation et de recherche, Direction de santé publique

Dre Claire Jutras, médecin-conseil, Direction de santé publique - Prévention/Promotion, CISSS des Laurentides

Dr Fernand Turcotte, professeur émérite, Université Laval