L’intimidation sévit encore dans nos écoles

La semaine dernière, Claude (nom fictif), élève de l’école secondaire l’Envolée, a reçu un message texte anonyme lui proférant la menace de se faire battre à l’école. Naturellement, Claude réagit très mal à ces menaces. Le cerveau de ces messages est Camille (nom fictif), élève de l’école secondaire, prétendant protéger son alter ego qui est en amour avec Claude. L’élève décide d’aller plus loin et interpelle Claude sur d’autres plateformes de communication, transformant l’intimidation en harcèlement. Craignant pour sa sécurité, l’enfant ne se lève pas pour aller à l’école et manque deux examens.

Les parents de Claude, au vu et au su de la situation, montent un dossier et décident d’aller voir l’aide psychosociale de l’école. Arrivés à l’école, les parents sont en stupéfaction : la personne au secrétariat ne sait pas à qui les référer. C’est finalement une personne qui occupe la surveillance à ce moment-là, qui agit aussi à titre de technologue en éducation spécialisée, qui les prend en charge.

Celle-ci rencontre Claude et Camille. Résultat : Camille et Claude doivent tous deux écrire une lettre d’excuse à l’autre pour avoir tenu des « propos désagréables », faisant fi de toute intimidation. Au final, Camille n’apprend pas du geste d’intimidation commis, et Claude reste, de son côté, solitaire, humilié et doit vivre avec un individu intimidateur aucunement pris en charge.

Hier, c’était l’histoire de Maxime, aujourd’hui c’est celle de Claude et demain ce sera celle de Dominique. Les personnes intimidatrices ne sont pas prises en charge de manière proactive et le fardeau des victimes est doublé, d’abord par la personne commettant l’intimidation et ensuite par le système qui lui inflige une conséquence.

Double victimisation

Selon le psychosociologue Yann Le Brossé, la notion de double victimisation réfère aux « situations dans lesquelles les personnes concernées doivent faire face à une forme plus ou moins ouverte d’hostilité de la part du corps professoral chargé de les aider en plus d’être aux prises avec les difficultés propres à leur situation. »

Dans bien des cas, afin de réduire le fardeau de la personne intimidatrice, on trouve des coquilles pour blâmer la victime qui d’abord subit de l’intimidation puis se fait ensuite juger pour « propos désagréables » en réponse à certains actes d’intimidation ou encore s’excuser pour s’être défendu physiquement.

La présence d’une double victimisation aggrave les conséquences vécues par les victimes. Elle entraîne notamment des comportements d’isolement ou une diminution de la participation sociale. De plus, elle décourage la victime ou les futures victimes à dénoncer l’intimidation puisqu’elles perdent espoir face au système.

Manque de ressources

Le gouvernement du Québec nous martèle à coups de publicités télévisées l’importance de dénoncer l’intimidation et lorsqu’on la dénonce, aucune intervention digne de ce nom montre un réel désir de la direction à enrayer définitivement la situation.

Ce n’est pas étonnant considérant les 265 postes de spécialistes de l’éducation dans le réseau scolaire québécois qui ont été coupés pour la seule année de 2015. Ce sont des dizaines de travailleurs sociaux et de travailleuses sociales, de psychoéducateurs et de psychoéducatrices, de conseillers et conseillères pédagogiques, de psychologues, d’orthopédagogues et d’autres professions qui n’œuvrent plus dans les 72 commissions scolaires du Québec.

Lors de la mise en place des mesures dites de rigueur budgétaire, les directions ont dû retrancher les budgets alloués aux services sociaux pour compenser les compressions imposées, et ce, malgré la loi de 2012 forçant les écoles à se doter d’un plan de lutte efficace contre l’intimidation.

Malheureusement, c’est souvent le corps enseignant, déjà surmené par la charge des cours, qui est en première ligne, et ce, avec peu de ressources. En outre, le corps enseignant n’est pas à blâmer pour ces cas où des élèves passent entre les mailles du filet. Ce sont les directions obligées d’amputer leur budget dans les services psychosociaux et les mesures exposées plus haut, notamment celles de rigueur budgétaire, qui en sont responsables. Il est clair que le résultat de telles mesures et actions entrave le but premier de nos filets de sécurité dans nos écoles, soit d’encadrer et soutenir nos enfants vers l’entière réalisation de leurs capacités.

L’intimidation et le harcèlement : qu’est-ce que c’est ?

Selon le gouvernement du Québec, l’intimidation constitue l’ensemble des paroles, gestes ou comportements qui blessent, humilient, excluent ou qui ont pour effet de faire perdre l’estime d’une victime. Il y a généralement un rapport de force entre une personne intimidatrice et la victime.

Pour ce qui est du harcèlement, il se caractérise par l’enchaînement d’agissements hostiles à répétition de manière à faire craindre pour la sécurité d’une victime. Le harcèlement se traduit régulièrement par des actes d’intimidation.

D’ailleurs, selon l’article 423 (1) du Code criminel, l’intimidation est un acte criminel qui s’applique dès l’âge de douze ans. De plus, toujours selon le Code criminel, l’article 264 (1) stipule qu’il est formellement interdit de « communiquer de façon répétée, même indirectement, avec une [victime]. »

Dans le même ordre d’idées, le domaine juridique juge un cas par l’intention du coupable. À la lueur de ces propos, il semble complètement aberrant que Claude ait eu la même conséquence que Camille et que ce dernier n’ait été aucunement pris en charge pour qu’il comprenne la portée de ses actes.

Sans pour autant le punir, il faut tout d’abord reconnaître la gravité des actes répréhensibles.

Ensuite, il faut lui expliquer le tort causé et l’accompagner dans un apprentissage écartant la dynamique de l’intimidation. Trop souvent, les intimidateurs et intimidatrices subissent une rupture sociale et se recluent dans l’intimidation. Il serait peut-être temps d’encadrer et d’outiller les jeunes pour qu’ils aient des interactions sociales saines.

Prévention du suicide

L’intimidation cause bien souvent plusieurs problèmes chez les jeunes, notamment le développement d’anxiété, la hausse d’absentéisme et génère parfois la dépression. Parmi les répercussions, il peut y avoir une marginalisation engendrée par les proches de la personne intimidatrice ou encore la pression des pairs qui étiquette la victime comme telle. Pour les victimes, certains effets se font sentir jusqu’à l’âge adulte.

De plus, les jeunes victimes sont cinq fois plus susceptibles d’avoir des idées suicidaires selon une étude menée par l’Institut universitaire en santé mentale Douglas et le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine. L’intimidation est donc un vecteur reconnu qui augmente les risques de suicide. Au cours des douze derniers mois, une personne sur cinq, entre 12 et 17 ans, a envisagé le suicide. Ne serait-il pas le temps d’investir davantage en ressources humaines ?

L’Envolée est un exemple où les services sociaux peinent à agir concrètement. Les intimidateurs sont souvent eux aussi victimes d’intimidation. Il est insensé de ne voir aucune intervention à long terme visant à freiner l’usage de violence. Au lieu de régler le problème aux racines, on éteint simplement le feu.

Agissons ensemble pour dire non à l’intimidation !

Une société qui laisse mourir ses enfants est vouée à l’extinction. Il faut que le gouvernement du Québec, la commission scolaire du Val-des-Cerfs ainsi que l’école l’Envolée agissent ensemble pour mieux encadrer les personnes intimidatrices et les mener vers des méthodes de communication et d’interaction plus respectueuses.

Seuls, nous allons plus vite, mais ensemble, nous allons plus loin.

Si vous êtes victime d’intimidation, contactez la ligne d’écoute de Tel-Jeunes au 1-800-263-2266.


Dardan Isufi

Véronique Larouche

Sandrine Khuon

Cédric Champagne

Charlotte Lessard

Étudiant(e)s engagé(e)s de Granby