Le pape François et les évêques catholiques sont réunis à Rome pour le synode sur la famille. 

Lettre au pape François

Cher pape François, encouragé par plusieurs de vos récentes déclarations, permettez-nous de vous faire part de nos idées en espérant que vous pourrez en faire vôtre quelques-unes, à l'occasion du synode (réunion des évêques catholiques à Rome, ces jours-ci) pour réfléchir sur l'évangélisation de la famille, voire des nouveaux modèles de famille (union libre, mariage civil, famille monoparentale, famille reconstituée).
L'Église (nous voulons dire, les autorités de l'Église) a trop eu tendance à travers les âges, et encore aujourd'hui, à réserver le message de l'Évangile aux couples et aux familles traditionnels. La fidélité à l'Évangile demande de changer de perspective. Voici quelques pistes. 
1 - Reconnaître et proclamer partout qu'il y a (qu'il peut y avoir) des valeurs (des valeurs chrétiennes) dans toutes les formes de mariage et de famille: amour, respect, pardon, recherche du bonheur de l'autre, recherche de spiritualité, éducation des enfants.
2 - Inviter les gens à reconnaître ce fait sur toutes les tribunes: lors des rassemblements dominicaux, lors des parcours de catéchèse, des mariages, des funérailles. Et à les développer.
3 - Admettre les échecs, les fautes, les erreurs de parcours. Inviter à vivre ses échecs chrétiennement, par exemple à vivre son divorce (ou sa séparation) de manière morale, sans accabler l'autre, sans nuire aux enfants. La morale chrétienne est une morale de cheminement... entre l'idéal et la réalité, c'est-à-dire selon les possibilités, les forces et faiblesses de chacun.
4 - Rappeler le sens du pardon du Christ: celui-ci n'est pas une condamnation, mais une invitation à se reprendre, à faire mieux dans l'avenir, compte tenu de ses forces et faiblesses, encore une fois.
5 - La morale chrétienne est d'ailleurs une morale de la conscience, une conscience qui s'éclaire à partir de l'Évangile, des textes du Magistère, de la réflexion avec d'autres, mais qui décide elle-même en dernier ressort. Parfois en choisissant le moindre mal, le moindre mal qui est en réalité le plus grand bien dans les circonstances. La contraception, par exemple, peut-être facilement jugée comme un moindre mal: l'abstinence sexuelle imposée n'a pas de sens. Le célibat, on l'a toujours dit, est une vocation, un appel particulier de Dieu.
6 - Dans la perspective d'une primauté de la conscience, il faut inviter les chrétiens et chrétiennes à nourrir leur foi et, s'ils vont à la messe, à communier si leur conscience est en paix. On n'interdit pas à manger à celui qu'on invite chez soi.
7 - Finalement, il faut laisser des portes ouvertes, inviter à évoluer, profiter de diverses circonstances dans ce dessein. Entre autres, en permettant la célébration de mariages civils à l'église (avec un officier civil) si cela a du sens pour les époux et si le public est bien informé. Ou encore en célébrant à l'église des funérailles de non-pratiquants ou de non-chrétiens qui voudraient donner un sens spirituel à ce dernier rendez-vous.
Voilà. Nos prières vous accompagnent dans votre tâche difficile.
Jocelyne Massé et Guy Durand, Dunham