Le 27 septembre dernier, nous avons été plus de 500 000 personnes au Québec à réclamer des actions fortes pour lutter contre les changements climatiques.

Lettre à mon premier ministre

LA VOIX DES LECTEURS / Le 27 septembre dernier, nous avons été plus de 500 000 personnes au Québec à réclamer des actions fortes pour lutter contre les changements climatiques.

Plus de 250 municipalités au Québec ont déclaré l’état d’urgence climatique. Au total, 285 000 personnes ont signé le Pacte pour la Transition. Dans votre lettre du 27 septembre à la jeunesse québécoise, vous avez dit avoir entendu le cri du cœur de cette jeunesse.

Au train où vont les choses, nous n’atteindrons pas nos cibles déjà modestes de réduction de gaz à effet de serre (GES). Comme société, nous avons tout misé sur l’énergie fossile (pétrole, gaz, charbon), une énergie commode que nous utilisons pour d’innombrables usages, mais qui souille notre planète, entraîne des conflits meurtriers et dérègle notre climat.

Nous avons très peu de temps pour réduire drastiquement nos émissions de GES. Il nous faut agir dès maintenant avec vigueur pour éviter l’emballement du climat dû au dégel de l’Arctique et ses conséquences incalculables sur la santé, l’économie et la paix dans le monde. Sinon le coût des catastrophes naturelles va exploser et mettre à mal notre économie et miner la confiance de nos concitoyens envers les institutions et la démocratie.

Dans votre lettre du 27 septembre dernier à la jeunesse québécoise, vous avancez qu’au Québec nous avons la solution idéale grâce à notre hydroélectricité propre et bon marché. C’est vrai. Nous avons là un outil formidable pour effectuer le virage vert, mais où est le plan de votre gouvernement pour y parvenir? Alors que le temps nous presse d’agir, vous ne semblez pas pressé de vous engager dans ce virage essentiel.

Les Québécois et Québécoises ont besoin d’un capitaine qui montre le chemin, qui propose une vision claire capable de les convaincre et un projet de société pouvant fédérer les énergies et redonner de l’espoir. Nous avons besoin d’un chef qui propose un plan ambitieux et rassembleur tourné vers la croissance de l’indice du bonheur plutôt que le statu quo de la croissance économique pure et dure qui nous a conduits, jusqu’à maintenant, au gaspillage et aux inégalités.

M. le premier ministre, vous avez démontré à plusieurs reprises votre empathie pour les aînés, les enfants, les malades. Maintenant, soyez pédagogue !

À l’exemple d’un René Lévesque qui a longuement expliqué au peuple québécois le pourquoi de la nationalisation de l’électricité, expliquez-nous comment vous allez concrétiser votre vision pour une société carboneutre, à la fois plus équitable et plus autonome en énergie, et comment vous allez engager votre gouvernement dans cette révolution verte.

Expliquez-nous comment vous allez utiliser cette énergie nationalisée, sur laquelle vous dites compter aujourd’hui, pour affronter la crise climatique. Comme l’a fait René Lévesque, faites confiance à l’intelligence du peuple.

Vous avez en main les conditions optimales pour agir. Vous avez l’appui populaire et les coffres de l’État sont bien garnis. Ne gaspillez pas l’argent des Québécois dans des projets qui vont nous détourner de notre obligation de réduire nos GES. Car la transition vers la révolution verte va coûter cher. Il faudra tout repenser : le transport, l’urbanisme, l’habitation, l’agriculture, la protection de nos écosystèmes. Tous vos ministères seront sollicités ; toute l’ingéniosité d’un peuple sera mise à contribution. Soyez ambitieux et nous vous suivrons !

D’autres États et d’autres provinces encore paralysés par la peur du changement ont besoin de notre leadership pour comprendre que la révolution verte sera positive pour la qualité de vie de leurs citoyens.

Le changement est en marche, qu’on le veuille ou non, comme l’a déclaré la jeune militante Greta Thunberg. Soit nous le subissons, soit nous en faisons une opportunité pour nous renouveler. Soit nous nous en servons, soit nous capitulons au grand désespoir des générations qui montent. Nous comptons tous sur votre leadership.

Jean-Thomas Bédard

Saint-Joachim-de-Shefford