Monsieur Legault et diverses instances rappellent  que le Canada est un État de droit.

L’État de droit pour tous

LA VOIX DES LECTEURS / La crise actuelle met en lumière le peu de progrès accompli au cours des dernières décennies quant à la reconnaissance effective des Premières Nations. Monsieur Legault et diverses instances rappellent toutefois que le Canada est un État de droit. Cependant, cet État de droit apparaît à géométrie variable en fonction de l’éthos porté par les interlocuteurs.

Or, on ne cesse depuis quelques jours d’insister sur les gestes posés par des membres des Premières Nations alors que le Canada n’a pas toujours respecté leurs droits. Comme le souligne France-Isabelle Langlois, directrice générale de la section Canada francophone d’Amnistie internationale : « Le gouvernement du Canada ne s’est pas assuré d’obtenir le consentement libre, préalable et éclairé des communautés habitant le territoire ancestral, non cédé, de la Première Nation wet’suwet’en. Il en a pourtant l’obligation morale, politique et juridique. […] Au cours des 25 dernières années, nombre d’enquêtes ont été menées concernant les peuples autochtones du Canada. Toutes convergent dans le même sens. L’État canadien n’a eu de cesse, jusqu’à ce jour, de bafouer les droits de la personne des peuples autochtones et a failli à sa tâche d’en assurer le respect et la protection, que justice soit rendue. Le Canada souscrit à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA), alors que la Colombie-Britannique vient d’en adopter l’application dans sa législation. Le consentement libre, préalable et éclairé est une des pierres angulaires de la DNUDPA. Or, celui-ci ne peut être assimilé à une transaction privée. » (Le Devoir, 20 février 2020).

Autrement dit, serait-il temps de déconstruire l’œuvre colonialiste conduisant à une forme de discrimination systémique ? La crise actuelle ne représente-t-elle pas une opportunité d’entamer une véritable réforme décolonisatrice afin de traiter dignement avec égalité et équité des peuples spoliés depuis des siècles ? Certes, la reconnaissance des Premières Nations n’exige-t-elle pas de renoncer aux rapports de force exercés par les instances gouvernementales ?

Un élément pouvant dénouer l’impasse consisterait à établir un moratoire sur le développement de projets gaziers ou pétroliers sans une consultation adéquate. À plus long terme, ne convient-il pas de construire des relations égalitaires avec les Premières Nations ? Cela ne garantirait-il pas à toutes les générations futures un meilleur devenir ?

En guise de conclusion, je citerai Aurélie Lanctôt qui affirmait ceci : « Il est de notre devoir de souligner le mépris des institutions et du pouvoir lorsqu’il se révèle. Peut-être s’agit-il du geste de solidarité le plus utile dans les circonstances. » (Le Devoir, 21 février 2020). Cela ne débute-t-il pas par une déconstruction des lieux communs conditionnant nos esprits ?

Patrice Perreault

Granby