Les personnes âgées appréhendent de vivre en CHSLD.

Les personnes âgées appréhendent de vivre en CHSLD

Que de personnes appréhendent le jour où il faudra quitter leur foyer pour aller vivre dans un CHSLD (Centre d’hébergement de soins de longue durée) privé ou public ou toute autre résidence pour personnes âgées.

Marie Rinfret, Protectrice du citoyen, nous dit qu’un CHSLD « n’est plus un milieu de vie... on se retrouve dans des situations qui s’apparentent à de la maltraitance organisationnelle ». Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés, est du même avis : « C’est décourageant pour tout le monde quand on entend dire que dans des CHSLD, nos personnes vulnérables sont maltraitées. C’est inacceptable. » On pourrait également citer le rapport accablant de la Vérificatrice générale, l’opinion de la présidente de l’AQDR, et celles émises par des responsables d’organismes de la santé et des services sociaux, des politiciens, etc.

La mauvaise réputation des CHLD vient d’abord du système. En effet, la loi est ainsi faite que les CHSLD sont des résidences ayant des vocations différentes, regroupant les personnes selon leur état de santé. Certaines résidences ne reçoivent que des personnes autonomes, d’autres des semi-autonomes et d’autres des non autonomes ». On doit donc trimbaler d’une résidence à une autre celles et ceux dont l’état de santé a changé, causant à ces individus une grande détresse émotionnelle. Un cas parmi tant d’autres : une dame de Valcourt, demeurant tout près du CHLD de l’endroit, devra vivre, en deux ans, dans deux résidences à Granby, sans compter les trois chambres occupées lors d’une hospitalisation. On avait même pensé l’envoyer à Sherbrooke, Cowansville ou Sutton, plus loin encore de sa famille. Et il n’est pas rare qu’on sépare les couples, à cause du nombre d’heures de soins différent dont chacun a besoin.

Ce ne sont donc pas d’abord les dirigeant(e)s et employé(e)s de ces centres qui sont à blâmer, mais bien le système. Les personnes préposées à la clientèle des CHLD sont surchargées, fatiguées, elles courent du matin au soir et leurs rémunérations sont loin de correspondre aux services qu’elles rendent. Comment ces personnes peuvent-elles être toujours disponibles, souriantes et empressées ! Aussi beaucoup quittent assez tôt leur emploi créant dans les CHSLD un manque flagrant de personnel. Le gouvernement Couillard n’a pas lésiné à donner une forte augmentation de salaire aux médecins spécialistes. Il est temps que le personnel infirmier et celui des préposé(e)s aux bénéficiaires obtiennent une juste rémunération et des conditions de travail décentes.

Il faut ajouter que, malgré tout, il arrive que la direction et le personnel de certaines résidences acceptent de se surcharger davantage encore, pour épargner un déplacement pénible à un patient en fin de vie. Ainsi, à la résidence Saint-Antoine de Granby, on n’a pas compté les heures de soins supplémentaires prodigués à ma sœur jusqu’à son décès et cela, avec une cordialité et un empressement des plus généreux.

Le gouvernement actuel veut transformer les CHSLD et créer des « maisons des aînés » offrant tous les soins et services nécessaires, quel que soit l’état de santé des individus, mettant fin à ces déplacements traumatisants. Ce sera « une œuvre de longue haleine », mais il faut faire confiance à Danielle McCann, ministre de la Santé et à Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés dont l’expérience, la compétence et la détermination sont manifestes. Puissent-elles faire accélérer ces changements majeurs et prioritaires dans notre réseau de la santé.

Émile Roberge - Granby