Sophie Veilleux, présidente du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska (SEHY)

Les enseignants, ces jardiniers inestimables

LA VOIX DES LECTEURS / En cette Semaine québécoise des enseignantes et des enseignants, je crois qu’il convient de prendre quelques minutes afin de réaliser l’ampleur de nos actions et de notre impact sur la société, notamment et principalement, sur la relève de demain : nos élèves, vos enfants, petits-enfants, neveux, nièces, etc.

J’ai toujours vu le travail d’un enseignant comme celui d’un jardinier. Nous prenons des graines et, par la suite, nous mettons en place les conditions favorables afin que celles-ci germent, que la plante s’épanouisse et que, finalement, elle porte des fruits.

Les enseignants, souvent contre vents et marées, se battent contre les éléments afin de protéger leurs précieuses graines (les élèves) et de s’assurer du meilleur résultat final.

Malheureusement, nos conditions de travail (comme le climat pour le jardinier) ne cessent de se détériorer. On nous demande de prendre en charge de plus en plus d’élèves, avec de plus en plus de défis, avec de plus en plus de contraintes, mais en nous accordant de moins en moins de services, de moins en moins de soutien, de moins en moins de latitude et de moins en moins de reconnaissance.

Il y a urgence climatique en éducation également !

Pourquoi ? Qu’est-ce que les enseignants ont fait pour mériter un tel traitement ? Rien. Rien ne justifie que l’on nous traite avec si peu de considérations.

Rien ne justifie qu’on reste sourd à nos appels à l’aide. Rien. Toutefois, nos patrons agissent ainsi puisqu’ils savent que les enseignants sont prêts à beaucoup de sacrifices afin de protéger leurs élèves. Pour qu’ils ne soient pas victimes, à leur tour, d’un système malade.

Les enseignants ont à cœur le bien-être et la réussite des élèves et agissent en ce sens, mais qu’en est-il de nos patrons (directions, cadres, ministres) ?

Est-ce que « les bottines suivent les babines » ?

Pensez-y. Je vous confirme que lorsque les mots « plus de services » sortent de la bouche du ministre, cela ne change souvent rien dans les milieux. Mais les gens, eux, retiennent qu’il y a plus de services. Ils n’ont malheureusement pas les moyens de vérifier si c’est vrai ; les enseignants oui.

Lors de la rencontre du Comité de relations de travail et de participation du 30 janvier dernier, j’ai informé les représentants de la commission scolaire du Val-des-Cerfs (CSVDC) qu’à mon avis, les mauvaises conditions de travail, la lourdeur de la tâche des enseignants et le manque d’humanisme avec lequel ils sont traités étaient des causes directes de la pénurie d’enseignants.

La réponse de la CSVDC ? Elle ne partage pas mon avis.

Je peux même affirmer que je n’ai jamais entendu un représentant de la CSVDC admettre que les conditions de travail des enseignants sont difficiles. Comment régler un problème si les personnes en position de pouvoir le nient ?

Alors, j’invite l’ensemble de la population à bien réfléchir.

Sortez du stéréotype de l’enseignant à qui l’on peut tout demander, puisqu’il a deux mois de vacances l’été. Si c’était vrai, on ne se ferait pas constamment répondre : « Je ne sais pas comment tu fais, moi je ne serais pas capable », lorsque nous indiquons que nous sommes des enseignants. Il faut cesser de faire comme si tout allait bien. C’est notre seule façon d’améliorer nos conditions de travail et de s’assurer que nos élèves auront des enseignants disponibles pour prendre en charge leur cheminement scolaire en rassemblant les conditions gagnantes pour les voir s’épanouir.

Sophie Veilleux

Présidente du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska (SEHY)