Les enfants ont leur place en services de garde publics

Le ministre de la Famille, Sébastien Proulx, a annoncé lundi l'instauration de cent nouvelles classes de maternelle quatre ans dès cet automne.
Si on ne peut que souhaiter que les enfants ne fréquentant aucun service de garde bénéficient d'une intervention éducative précoce, il est surprenant que le gouvernement ne cherche pas d'abord à utiliser le réseau public de services de garde pour intégrer ces tout-petits. Faut-il rappeler que nous soulignons cette année le 20e anniversaire de la politique familiale qui a permis aux services éducatifs de se déployer partout au Québec ayant justement comme prémisse de préparer adéquatement les enfants à l'école.
Partout au Québec, on compte des milliers de places disponibles avec de solides normes de qualité et de sécurité, en milieu familial comme en CPE. Les intervenantes qui y travaillent, presque exclusivement des femmes, sont de plus déjà formées spécifiquement pour intervenir auprès des enfants de moins de cinq ans.
Il serait facile de mettre en place des mesures pour inciter les enfants de milieu défavorisé à entrer dans le réseau de la petite enfance à quatre ans, s'ils n'y sont pas déjà. Gratuité des services de garde publics à l'âge de quatre ans, promotion ciblée, transport pour les familles qui n'ont pas les moyens : les solutions ne manquent pas pour encourager une plus grande fréquentation du réseau existant par les enfants vulnérables.
Mais une fois de plus, le ministre Proulx démontre son manque de respect et de considération pour les services de garde publics, continuant d'ignorer que ses politiques poussent des milliers d'enfants vers des services éducatifs de moindre qualité.
En effet, même s'il aime parler « d'équité » lorsqu'il mentionne la modulation des frais de garde, cette décision pousse des milliers d'enfants vers des garderies privées qui sont loin d'avoir les mêmes garanties de qualité et de sécurité. Cette politique odieuse constitue ni plus ni moins qu'un bâton dans les roues d'une génération tout entière qui voit son développement tronqué lors d'années dont tous les experts reconnaissent l'importance cruciale.
Il existe déjà, partout au Québec, des ressources en petite enfance, en milieu familial régi et subventionné et en CPE, qui pourraient facilement assurer un meilleur avenir à des milliers de tout-petits en dehors du réseau actuel, si seulement le gouvernement leur donnait les moyens de le faire. Malheureusement, le ministre de la Famille préfère les affaiblir plutôt que les mettre pleinement au service de l'avenir du Québec.
Valérie Grenon
Présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ)