Les Canadiens inégaux face aux médicaments anticancéreux

L’assurance-médicaments sur ordonnance est un problème important au Canada. Non seulement les Canadiens paient beaucoup plus cher pour leurs médicaments que certains consommateurs d’autres pays développés, mais ils font face à de nombreuses inégalités sur le plan de l’accès à ces médicaments. L’âge, la profession, les besoins en matière de santé et la province de résidence sont souvent des facteurs qui déterminent dans quelle mesure une personne est admissible au régime public d’assurance-médicaments. Cette situation a des effets dévastateurs sur les personnes atteintes d’une maladie potentiellement mortelle, comme le cancer. En 2017, près de 200 000 Canadiens ont reçu un diagnostic de cancer et 80 000 en sont morts.

Dans un article publié récemment, nous avons décrit les inégalités auxquelles les Canadiens sont confrontés lorsqu’il s’agit de remboursement des coûts de leurs médicaments anticancéreux. Ces inégalités existent aussi bien entre différentes provinces qu’à l’intérieur d’une même province.

Les médicaments anticancéreux sont principalement administrés de deux façons : par voie orale, ce qui peut être fait dans le confort du foyer du patient, ou par intraveineuse, à l’hôpital par un professionnel des soins de santé. Étant donné que la Loi canadienne sur la santé stipule que tous les services médicaux et hospitaliers doivent être publiquement financés pour que les provinces puissent avoir droit au financement fédéral des soins de santé, les médicaments anticancéreux intraveineux sont couverts dans toutes les provinces. 

En ce qui a trait aux médicaments anticancéreux administrés par voie orale, la situation est complètement différente. En Ontario, au Nouveau-Brunswick, à l’Île-du-Prince-Édouard, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve-et-Labrador, les patients doivent parfois assumer une partie ou la totalité des coûts de ces médicaments, tandis que dans l’ouest du Canada (Colombie-Britannique, Alberta, Saskatchewan et Manitoba) et au Québec, ce type de médicament est entièrement couvert. Cette situation crée des inégalités à l’intérieur d’une province. Par exemple, si deux patients ont le même type de cancer dans une province où les médicaments administrés par voie orale ne sont pas couverts, mais qu’on a prescrit un médicament par voie intraveineuse à l’une des deux personnes seulement, il n’en coûtera absolument rien à ce patient, tandis que l’autre devra débourser le médicament de sa poche.

Au-delà des inégalités observées à l’intérieur d’une même province, il existe aussi des inégalités entre différentes provinces.

Tout d’abord, il y a des différences entre les provinces quant au nombre de médicaments anticancéreux financés disponibles. Ainsi, si l’on a un médicament anticancéreux dont le financement a été approuvé dans une province, mais pas dans l’autre, un patient de la province bénéficiant du financement pourra l’obtenir gratuitement tandis que celui de l’autre province pourrait devoir réhypothéquer sa maison pour se le procurer, puisque certains peuvent coûter entre 1800 $ et 132 000 $ par année. 

Ensuite, concernant les médicaments anticancéreux administrés par voie orale et entièrement couverts dans l’ouest du Canada et au Québec, mais pas dans les autres provinces, si deux patients résidant dans des provinces différentes ont besoin du même médicament, ils se verront traités de manière complètement différente. Le patient de la Colombie-Britannique recevra le médicament gratuitement, tandis que celui de l’Ontario devra engager des sommes importantes pour se le procurer. 

En juin 2019, le Conseil consultatif sur la mise en œuvre d’un régime national d’assurance-médicaments a produit son rapport final sur l’assurance-médicaments universelle et a recommandé la mise en place d’un régime d’assurance-médicaments public et universel qui permettrait à tous les Canadiens d’avoir accès à des médicaments d’ordonnance. Il est évident que de graves inégalités existent dans les programmes de remboursement des médicaments anticancéreux au Canada. Il est tout aussi évident que cette situation touche considérablement les Canadiens qui souffrent de cancer et que l’élimination de ces inégalités devrait devenir une priorité gouvernementale.


Mark Sorin

Étudiant au programme de MD/PhD à l’Université McGill et titulaire d’un baccalauréat ès sciences avec spécialisation en pharmacologie de l’Université McGill


Amélie Quesnel-Vallée

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les politiques et les inégalités sociales de santé, et directrice de l’Observatoire de l’Université McGill sur les réformes des services de santé et sociaux