Le vapotage : une épidémie

Au cours des dernières décennies, nous avons fait des progrès remarquables dans la lutte au tabagisme grâce à une sensibilisation accrue, des politiques et programmes favorables. Dans les années 1950, environ la moitié des adultes fumaient. Cette proportion a grandement chuté, se rapprochant aujourd’hui de 15 %.

Selon les professionnels de la santé et les chercheurs, cette diminution impressionnante du tabagisme est le changement le plus positif des 60 dernières années pour la santé. Le tabagisme demeure cependant la principale cause de morts évitables au pays, fauchant près de 45 000 vies chaque année. On compte toujours cinq millions de fumeurs au Canada. 

Une étude canadienne a révélé qu’en un an, les taux de vapotage et de tabagisme chez les jeunes ont grimpé de 74 % et de 45 %. Ces chiffres démontrent que le vapotage chez les jeunes est devenu une épidémie. C’est la première fois, depuis des décennies, que les taux de tabagisme chez les jeunes augmentent de manière fulgurante. Il est temps que nos politiques en tiennent compte.

Au secondaire, un élève sur cinq consomme des produits de vapotage. De nouvelles études suggèrent que les jeunes qui vapotent soient plus susceptibles d’essayer la cigarette et le cannabis. En tant que médecins, nous sommes inquiets. 

Bien que la cigarette électronique puisse aider certains à cesser de fumer, les données sur son efficacité évoluent. La recherche démontre que la plupart des gens qui vapotent fument aussi. Leur dépendance à la nicotine est donc double.

Bien que les produits de vapotage soient considérés comme moins nocifs dans la communauté médicale, ils ne sont pas sans danger. La consommation à long terme de produits de vapotage est liée aux maladies respiratoires et cardiovasculaires. Les personnes qui fument et vapotent sont les plus à risque. Souvent, des reportages aux États-Unis portent sur les maladies pulmonaires, sur les hospitalisations, voire sur les décès liés au vapotage. Des cas probables et confirmés de maladies liées au vapotage sont maintenant signalés au Canada.

Comment en sommes-nous arrivés là ? En raison d’un marketing persuasif, d’un ciblage délibéré des jeunes par des arômes et une conception attrayantes, d’une forte teneur en nicotine et d’un manque de surveillance et de réglementation. Les décideurs ont mal géré la situation.

Alors, comment protéger les jeunes et les non-fumeurs tout en permettant aux fumeurs d’avoir accès à la cigarette électronique pour cesser de fumer ?

D’abord, ne laissons pas l’industrie réaliser des profits au détriment de la santé de nos enfants. Pour aider les fumeurs qui envisagent le vapotage, nous devrions réglementer ces produits comme pour ceux du tabac. 

Nous avons besoin d’une interdiction complète des arômes, d’une limitation de la teneur en nicotine et d’étiquettes claires, ainsi que d’avertissements concernant les risques pour la santé et la nature addictive de la nicotine. 

Cœur + AVC et sept autres organismes de premier plan en santé ont demandé au gouvernement fédéral de mettre en place ces restrictions par le biais d’une ordonnance provisoire en vertu de la Loi sur le ministère de la Santé. Mais l’accès fortement encouragé à de nouveaux systèmes d’administration de nicotine n’est pas la solution. 


Dr Andrew Pipe

Professeur à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa et président du conseil Cœur +AVC.


Dr David Jones

Premier administrateur en chef de la santé publique du Canada et membre du conseil d’administration de Cœur + AVC.