Le vapotage

Le 9 novembre, le Canada, comme chef de file mondial de la lutte contre le tabagisme, a fait un grand pas en avant avec l’entrée en vigueur du règlement entourant une apparence neutre et normalisée des produits du tabac. Toutefois, nous accusons un retard considérable dans un autre secteur important de la consommation de nicotine et de la dépendance : le vapotage.

La Loi sur le tabac et les produits de vapotage du Canada, qui légalise les produits de vapotage contenant de la nicotine, a été adoptée en mai 2018, mais la réglementation proposée n’est pas suffisante. Quoique des provinces, dont le Québec, aient adopté des règlements plus stricts pour lutter contre le vapotage chez les jeunes, aucune mesure ne vise uniformément tout le pays. Ainsi, les jeunes Canadiens moins bien protégés paieront le prix pour cet écart réglementaire. 

Selon une étude de l’Université de Waterloo publiée cette année, le vapotage chez les jeunes a connu une hausse fulgurante de 74 % en un an. Pendant la même période, le taux de tabagisme chez les jeunes a fait un bond de
45 %, passant de 10,7 % à 15,5 %, une première augmentation depuis des décennies. Il se rapproche de celui des Canadiens de 15 ans ou plus, menaçant les progrès réalisés dans la lutte contre le tabagisme.

Pourquoi en sommes-nous là ? La nicotine crée une forte dépendance et le vapotage en facilite la consommation : elle peut ainsi être inhalée sans fumée de combustion et avec une saveur alléchante et sucrée. Ces saveurs plaisent aux jeunes et les incitent à vapoter. Nos concitoyens sont en droit de s’inquiéter. Au Québec, par exemple, on apprenait récemment que le vapotage chez les élèves des trois dernières années du secondaire est le plus élevé au pays. Les données récemment publiées dans l’étude COMPASS révèlent même que le tiers des élèves ont vapoté dans les 30 derniers jours.

Arrêter de vapoter peut être aussi difficile qu’arrêter de fumer. En plus de créer une dépendance qui pourrait mener au tabagisme, la nicotine altère le développement du cerveau des adolescents et peut affecter la mémoire et la concentration, nuisant ainsi à la capacité d’apprentissage. 

Selon une étude effectuée en 2018 par Santé publique Ontario, le vapotage entraîne souvent le tabagisme, même chez les jeunes considérés comme à faible risque. Les rapports récents faisant état de lésions pulmonaires graves et de morts prématurées chez les jeunes qui vapotent sont également très préoccupants. 

Le Québec et d’autres provinces ont fait preuve de leadership dans ce dossier, mais le gouvernement fédéral doit agir rapidement pour protéger les jeunes en renforçant la réglementation canadienne sur le vapotage. Cela comprend une interdiction complète des arômes, la restriction de la promotion et de la vente, l’établissement de niveaux inférieurs de nicotine et l’obligation d’afficher des mises en garde relatives à la santé. En résumé, le gouvernement doit prendre les mêmes mesures que celles visant les produits du tabac, qui se sont avérées une réussite. 

Il faut agir dès maintenant avant qu’une nouvelle génération de personnes soit aux prises avec la dépendance à la nicotine et les problèmes de santé qui en découlent.


Dr Anthony Graham

Membre honoraire du conseil consultatif de Cœur + AVC en Ontario, professeur de médecine à l’Université de Toronto, et directeur médical de l’unité de santé du cœur Robert McRae à l’Hôpital
St. Michael’s, à Toronto