Le projet de loi 40, un devoir bâclé

LA VOIX DES LECTEURS / Le gouvernement de la CAQ vient de compter des points auprès de sa base électorale en abolissant les commissions scolaires. L’adoption du projet de loi 40 est ainsi venue mettre fin à un palier démocratique qui était en place depuis la première moitié du XIXe siècle (1841).

Le faible taux de participation et le peu d’intérêt que suscitaient les élections scolaires témoignaient d’une problématique réelle. Néanmoins, il y aurait eu lieu d’envisager de nouvelles avenues sans balayer du revers de la main cette structure démocratique. 

Nous voilà au lendemain d’une nouvelle loi votée sous le bâillon et dont les zones d’ombre sont nombreuses. Ce brassage de structures n’augure rien de bon. Il suffit de voir les réactions suscitées chez les différents acteurs pour comprendre que rien n’ira de soi. Les tensions suscitées par ce changement avaient été minimisées et mal évaluées. 

Il importe de se souvenir que le dernier changement lié aux structures scolaires fut la fusion des commissions scolaires en 1998. Les économies d’échelle ainsi créées allaient être réinjectées en services à l’élève, nous avait-on promis. Qu’en a-t-il été vraiment ? On ne le saura jamais. 

Les pouvoirs que s’arroge le ministre ont tôt fait de nous rappeler la réforme Barrette, chaos dont ce réseau peine à se remettre. 

Il est étonnant de constater le même paradoxe où l’on vante les vertus de la décentralisation tout en ramenant des pouvoirs vers le haut de la pyramide. 

Les fédérations de directions d’établissement se réjouissent, puisqu’elles souhaitaient depuis longtemps une école plus autonome, moins redevable envers la commission scolaire. Reste à voir si l’enthousiasme demeurera. 

Vaut-il mieux être redevable à un organisme central dont les préoccupations sont locales ou plutôt à un ministre dont les préoccupations sont nationales ? Le soutien suivra-t-il afin de faire face aux responsabilités accrues ? 

Ces gestionnaires sont submergés par des tâches administratives. Les redditions de compte ont pris des proportions démesurées. Précisons que les commandes à cet effet ne parvenaient pas des commissions scolaires comme on le laisse croire très souvent, mais bien du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES). Quel sera le lien hiérarchique entre les directions d’établissement et la direction générale des centres de services ? 

D’un point de vue syndical, on craint le pire. L’affaiblissement de la structure centrale devient la source de complications quant à l’exercice de leur rôle. Il sera nettement plus difficile de transiger avec chacune des écoles qu’avec un pouvoir central. Ce seul constat, alors que débutent les négociations pour le renouvellement des conventions collectives, laisse présager des moments difficiles pour le milieu scolaire. D’autant plus que les offres faméliques de la partie patronale tiennent littéralement de la provocation. Alors que sévit une pénurie de personnel sans précédent dans le milieu scolaire, la CAQ a considéré qu’il valait mieux s’attaquer à la gouvernance. 

Le système était loin d’être gangrené, comme on le laisse sous-entendre. Les scandales montés en épingle afin de démoniser les commissaires tiennent de la démagogie. Ceci étant, le milieu scolaire n’a d’autres choix que de composer et de tenter de faire du mieux qu’il peut. Il y a peu à craindre, puisque les enseignants, les professionnels et le personnel de soutien vont poursuivre leur travail auprès des enfants avec le même dévouement et la même passion, et ce, même si le moral vient d’en prendre pour son rhume. Ce sont eux qui portent véritablement le système scolaire. 

Il est tout de même étonnant de constater un tel cafouillage de la part d’un gouvernement qui se targue de faire de l’éducation une priorité nationale.


Daniel Leblanc, directeur d’établissement retraité, chargé de cours et superviseur de stage

Rougemont