Le grand consensus québécois

Sous peu, le projet de loi 21 sera enfin adopté par l’Assemblée nationale du Québec. La page concernant le débat sur la laïcité sera enfin tournée et nous pourrons consacrer nos énergies sur des préoccupations beaucoup plus pratiques. Cette orientation vers une « nouvelle laïcité québécoise » est soutenue par un très large consensus populaire. C’est d’ailleurs le principal et peut-être le seul argument en faveur de ce projet de loi.

Ce projet de loi confirmera notre identité québécoise; il répondra à la question : qu’est-ce qu’un vrai Québécois ? Il semble que la grande majorité des Québécois soient des personnes sécularisées, c’est-à-dire des personnes qui ont rejeté toute forme de religion. Les propos concernant la religion le démontrent : ils sont très souvent radicaux et vindicatifs. Ce rejet presque absolu du monde religieux se concrétise déjà par un regard teinté de mépris pour les croyants et croyantes et en particulier pour ceux et celles qui portent un signe visible de leur appartenance à une religion. 

Il est vrai que la très ancienne définition de la laïcité de 1598 visait un vivre ensemble harmonieux entre croyants de pratiques religieuses différentes, un vivre ensemble sans discrimination et sans exclusion. Or depuis une ou deux décennies, les peuples d’ascendance chrétienne ont grandement évolué. Sous la pression des grandes migrations apportant un nombre important de migrants asiatiques, arabes et africains, leur définition de la laïcité a aussi grandement évolué. Oubliant les périodes de croisades, d’inquisition et de génocides perpétrés par leurs ancêtres chrétiens, les peuples européens et américains traumatisés par les nouveaux terroristes et fondamentalistes vivant ailleurs ont renoué avec l’obscurantisme du Moyen-âge. 

Comme on soupçonne tous ces enfants et toutes ces femmes et tous ces honnêtes travailleurs de venir imposer leurs lois et leurs croyances, on prend des précautions. Spontanément, on discrimine et on exclut ceux et celles qui ont l’audace ou le courage de respecter leurs pratiques religieuses ostentatoires. Cachez ce hidjab que l’on ne saurait voir car il attire les foudres des antireligieux fanatiques. La raison évoquée est simple : le symbole religieux visible démontre non seulement l’appartenance à une religion, mais aussi à toute une gamme de croyances et de pratiques différentes des nôtres. Et si par malheur, ces gens avaient l’intention de les imposer. Sans aucune preuve réelle, nous avons quand même la certitude absolue que la diversité des apparences mettra en cause l’impartialité des juges, la liberté de conscience des enfants et l’efficacité des policiers. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. 

Toute cette argumentation répétée par des personnes parfois très savantes, mais totalement imprégnées et aveuglées par une idéologie radicalement « anticléricale » ne repose sur aucun fait réel, c’est tout simplement un échafaudage bassement idéologique qui fait fi des droits humains, de la vraie liberté de religion et de la vraie liberté de conscience : un grand retour au Moyen-âge. À cette époque, on brûlait les sorcières sur la place publique; aujourd’hui, le grand consensus québécois les exclut « avec modération ».


André Beauregard

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