Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

Le Bloc, un parti de propositions

LA VOIX DES LECTEURS / Lors de votre passage à Granby le dimanche 23 février pour saluer les membres de votre parti, vous avez fait état, avec raison, de l’excellent travail accompli par vos députés (es) à Ottawa. D’ailleurs, les médias avaient déjà souligné la qualité de votre leadership, en particulier dans le dossier des Wet’suwet’en, vous prêtant même des qualités de chef d’État par la pertinence de vos propositions afin de mettre fin au conflit.

Monsieur Yves-François Blanchet,

Incidemment, ce blocage ferroviaire en voie de dissipation, initié par plusieurs nations autochtones, illustre éloquemment le difficile rapport entre nation, post-nation et régions dans ce Canada multiculturaliste constitutionnalisé en 1982 dans le dos du Québec et de son premier ministre, René Lévesque.

Dans ce contexte, je vous invite, vous et ce Bloc nouveau 2.0 me semble-t-il, à oser déranger les fédéralistes en proposant à Ottawa, en tant que députés (es) fédéraux québécois, la motion suivante aussitôt que se sera apaisé le conflit actuel. Le but serait de créer les meilleures conditions pour une non-reprise des blocages ferroviaires, cette « mise du pied » sur ce que vous avez appelé très justement lors de votre visite comme la « jugulaire de l’économie canadienne et québécoise, en particulier, à Belleville, en Ontario ».

Voici la motion.

« Au nom des souverainistes québécois et en mémoire de René Lévesque, nous voulons par cette motion faire suite à l’offre de dialogue constitutionnel Couillard-Fournier faite au Canada, mais qui a été rejetée le matin du 1er juin 2017, avant même son dépôt à l’Assemblée nationale, devant les caméras par un “non” sans équivoque, de votre part, M. le Premier Ministre, à l’ouverture de la Constitution. Depuis, cette offre d’un premier ministre québécois en fonction a été laissée sans réponse positive significative de la part des Canadiens. Aussi, et en particulier dans le contexte des rapports difficiles des derniers jours avec les Premières nations, nous proposons à nouveau au Fédéral et aux Canadiens d’ouvrir et de réaménager la Constitution en vue d’une meilleure gouvernance du pays. Mais à la condition que celle-ci comporte cette Déclaration d’identité du peuple québécois, comme fil conducteur d’un nouveau partenariat constitutionnel. Ce nouveau partenariat vise une co-souveraineté-association négociée et consentie mutuellement entre notre nation interculturelle et votre “post-nation multiculturelle”.

Cette proposition d’ouverture doit être acceptée, en principe, par vous, le gouvernement fédéral au nom des Canadiens, avant la fin de 2020, pour ensuite faire l’objet de négociations dès les premiers mois de 2021. Les Premières Nations, par leurs représentants (es) autorisés (es), doivent être invitées à participer aux discussions, en particulier, au chapitre de leur autonomie gouvernementale, mais aussi si elles le désirent, de la gouvernance générale de ce pays, et ce, à titre de Premiers associés.

Monsieur Blanchet, si le Bloc ose aller de l’avant avec une telle motion, il deviendrait vraiment un parti de propositions plutôt que d’opposition. Il y a, bien sûr, le risque qu’il se montre ainsi fédérateur. Il est donc possible que cela dérange les indépendantistes purs et durs. Mais de ne pas agir en ce sens, il y a aussi le risque que le Québec rate le bateau de l’histoire qui passe.

Je ne veux pas d’une indépendance qui vient par la souffrance. Je veux d’une indépendance qui vient par l’espérance d’un monde meilleur. Permis justement par notre acharnement, d’abord à vouloir reconstruire le Canada en le transformant, si possible, en “Qué-Nada”. Tout en se disant qu’en bout ligne, si le “Nada” n’est pas possible, que fièrement et courageusement nous transformerons ce “Qué” boudé en pays du Qué-bec, celui de “quelque chose comme un grand peuple”.

Denis Forcier

Shefford