L'argent des autres

Il est rarement avisé de se débarrasser de quelque chose sans se demander d'abord si on peut y trouver une utilité.
Le conseiller municipal Jean-Luc Nappert soulève un bon point en s'opposant à ce que la Ville de Granby vende un immeuble de la rue du Centre acheté en 2011. "Ça serait sage de conserver ça", a-t-il dit lundi soir en assemblée du conseil. Surtout, a-t-il rappelé, qu'une étude menée par Commerce et tourisme Granby, l'organisme paramunicipal responsable de dynamiser le centre-ville, est en cours pour jeter les bases d'un plan stratégique pour les cinq prochaines années.
La bâtisse pourrait servir d'une quelconque façon ou, comme le souligne le vétéran conseiller Michel Mailhot, son terrain pourrait éventuellement être utilisé pour agrandir le terminus d'autobus situé à côté.
De très bons arguments.
Ça nous amène cependant à la question centrale : pourquoi la Ville a-t-elle acheté l'immeuble si elle ne savait pas d'emblée ce qu'elle en ferait?
La Ville a déboursé 238 000 $ pour acheter la propriété. C'est 25 000 $ de plus que l'évaluation foncière. L'explication donnée à l'époque était que le conseil voulait éviter de passer par un processus d'expropriation. Une telle démarche comprend toujours des frais de toutes sortes payables par l'acquéreur.
Cet argument tiendrait la route si la Ville savait déjà ce qu'elle ferait de la bâtisse. Quand une ville exproprie, c'est habituellement pour un projet précis : un parc, une rue, une piste cyclable, pour démolir un bâtiment en ruine ou incendié. Ce n'est manifestement pas le cas ici : on parle d'un bâtiment en briques qui semble en bon état, situé à une cinquantaine de mètres d'une section achalandée de la rue Principale. Son potentiel commercial est bien réel.
Pourquoi donc l'ancien conseil a-t-il autorisé l'achat de cette propriété? Parce qu'il était vacant? Espérons que non. Ce n'est pas le rôle d'une Ville d'agir en promoteur immobilier avec l'argent des contribuables. Pas sans plan de match précis et réfléchi à tout le moins.
Voici une hypothèse : la Ville a acheté parce que ses coffres le permettaient...
C'est le problème des élus qui gèrent beaucoup d'argent qui ne leur appartient pas : souvent, ils se lancent sans prendre le temps de bien s'assurer que la dépense est incontournable ou bien qu'elle se justifie parce qu'elle est nécessaire à court ou moyen terme. Cette façon de fonctionner est possible parce que l'argent est là.
L'ancien conseil était affublé de ce vilain et coûteux défaut. Le nouveau conseil, jusqu'ici, semble plus allergique aux dépenses liées à des projets incomplets, improvisés ou frivoles.
Vendre ou pas, donc? Le service d'urbanisme estime que la Ville peut obtenir entre 180 000 $ et 220 000 $ pour le bâtiment. À ce prix, le conseil ne perd rien d'attendre le rapport de Commerce et tourisme Granby. Peut-être y trouvera-t-on une idée lumineuse.
Le club de golf Miner, dont le parcours et les installations appartiennent à la Ville de Granby, a accumulé un déficit d'opération de 154 000 $ en 2012 et 2013.
Pour cette raison, la direction du golf demande au conseil de le libérer de son obligation de verser sa redevance annuelle de 20 000 $ pour ces années ainsi que pour les deux prochaines années. Elle veut aussi cesser de verser 10 700 $ par année pour rembourser des travaux effectués par la Ville.
Ça sent la débandade pour l'OSBL qui administre le club. Même libéré de ses obligations financières à l'égard de la Ville, ça laisse un déficit énorme à combler pour un si petit club de golf. Et la prochaine saison s'annonce tout aussi difficile...
Le conseil mandate Granby Multi-Sport, un autre organisme paramunicipal, pour aider le golf. On veut favoriser la pratique et le développement de ce sport en offrant, entre autres choses, des cours.
On entend déjà les propriétaires de clubs de golf privés à Granby crier à la concurrence déloyale. Qui pourrait les blâmer? Le fait que la Ville devienne propriétaire du club de golf passait toujours. Le terrain venait en effet dans un tout avec les terres Miner. Mais depuis, le conseil a autorisé qu'on y construise un chalet, un champ de pratique en plus d'améliorer le système d'arrosage et de faire des aménagements paysagers. Des investissements de près de 2,5 millions de dollars, selon le maire Pascal Bonin. Voilà qu'on veut y offrir des cours.
Le club de golf Miner rivalise avec trois clubs privés. Et ceux-ci paient de grosses taxes foncières chaque année: 17 544 $ au club les Cèdres, 38 080 $ à Granby-Saint-Paul, 55 216 $ à Inter Golf.
On semble l'avoir oublié à la Ville.