La patate manque d’amour ces derniers temps. Tellement, que les producteurs de pommes de terre du Québec préparent­ une campagne de séduction afin de redorer le blason de ce féculent.

Lâche pas la patate

COMMENTAIRE / La patate manque d’amour ces derniers temps. Tellement, que les producteurs de pommes de terre du Québec préparent une campagne de séduction afin de redorer le blason de ce féculent.

Ce légume a marqué l’histoire de l’humanité à plusieurs reprises en prêtant son nom à la guerre des pommes de terre en 1778, en parant aux famines ou en participant à la découverte de nouveaux territoires. La patate a même joué un rôle prédominant dans le film Seul sur Mars où un homme tentait de cultiver un légume sur la planète rouge et son choix s’était arrêté sur la patate. 

Depuis ces moments de gloire, elle sombre pratiquement dans l’oubli avec le nouveau guide alimentaire, peu de chefs célèbres l’utilisent dans leurs plats, les grands restaurants la mettent rarement en valeur, plusieurs personnes qui suivent une diète restrictive la boudent, bref la patate vit une crise existentielle partout en Occident.

La patate constitue la quatrième denrée agroalimentaire en importance au monde, après le maïs, le blé, et le riz. Le Canada est le sixième plus grand consommateur de pommes de terre au monde en volume après la Chine, l’Indonésie, le Pakistan, le Nigéria et les États-Unis. En revanche, le Bélarus remporte la palme pour la consommation de patate par personne. Chaque Bélarussien mange environ 185 kilos par année, pratiquement un demi-kilo par jour. 

Pour le Canada, la consommation par personne diminue depuis quelque temps, une demande de 68 kilos, soit une baisse notable depuis le sommet historique de 87 kilos en 1997. En termes de production, le Canada se classe 18e parmi les grands producteurs de patates au monde tandis que la Chine mène le bal. Sur le territoire canadien, les provinces du Manitoba et de l’Île-du-Prince-Édouard produisent les plus grandes quantités de patates au pays. Le Québec compte aussi parmi l’un des grands producteurs au Canada. Il s’agit donc d’une denrée importante pour notre industrie agroalimentaire.

Au Canada, la pomme de terre fait vivre au-delà de 350 000 Canadiens, tous secteurs confondus. Producteurs agricoles, distributeurs, restaurateurs, bien des gens s’affairent à nous offrir la meilleure poutine, patate frite ou frite-sauce.

Mais ces jours-ci, la pomme de terre semble avoir du mal à se tisser une place au sein d’une société qui mise de plus en plus sur une diète santé. Elle a pourtant permis à plusieurs propriétaires de cantine à patates de bien gagner leur vie, autant en région que dans les centres urbains. Pendant que les cabanes à patates en région devenaient le second lieu d’attroupement après le perron d’église, les grandes chaînes mariaient la patate à leur plat vedette.

Plusieurs ne savent pas que le Canada a innové plus d’une fois avec la patate. Les croustilles assaisonnées et à saveur de ketchup, les flocons de patates pilées instantanées ont tous été inventés au Canada. La patate Yukon Gold, l’une des variétés les plus populaires au monde, a été créée chez nous. Et bien sûr, la popularité de la poutine a aussi donné un nouveau souffle à la patate, mais depuis une vingtaine d’années, il n’y a pas vraiment de plat ou d’innovation qui offre une attention particulière à la patate. La baisse des ventes reflète malheureusement cette réalité.

La patate, la vénérable des champs, fait face à deux obstacles importants. D’abord, sa préparation. Une patate crue prend du temps à cuire. Et pour le consommateur, le temps est devenu précieux. Les patates précuites intéressent les consommateurs, mais il faut toujours savoir quoi faire avec ce produit en cuisine. Ce n’est pas tout le monde qui sait cuisiner de nos jours. 

L’autre défi est la méconnaissance de ses attributs nutritifs. En effet, la patate contient de façon générale plus de potassium que la banane, plus de vitamine C que l’orange et plus de fibres que la pomme. Quand même incroyable comme palmarès ! Mais les régimes contemporains et populaires comme la diète cétogène n’encouragent pas la consommation d’aliments riches en glucides comme la patate.

En principe, une campagne qui vise à rappeler les bienfaits de la patate est une stratégie opportune. La patate le mérite bien. Après tout, elle peut même générer de l’énergie pour allumer une ampoule, tandis que Monsieur Patate est encore désiré par plusieurs enfants à travers le monde.

Elle représente le légume parfait, autant pour la survie que pour le plaisir.