La vraie question : qu’est-ce que la laïcité ?

«Car en prétendant ici défendre la «séparation de l’Église et de l’État», on piétine l’autre grand principe qui sous-tend la laïcité : « la liberté de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public».

Cette liberté-là doit pouvoir se vivre au vu et au su de tous, sinon ce n’est pas une liberté. «La liberté de s’exprimer dans sa cave, c’est tout simplement l’interdiction de s’exprimer», souligne le sociologue Marc Jacquemain.

Avis donc au nouveau gouvernement et à son gros bon sens : commençons par le début. Pour en finir avec la tour de Babel, commençons par définir ce que nous entendons par laïcité. Ce qui manque toujours cruellement à ce débat. Commençons par établir ce que nous voulons vraiment protéger, et pour quelles raisons. Et puis, voyons si ce fameux consensus, qui nous tient tant à cœur, tient également la route. » (Francine Pelletier : Le Devoir 24 octobre)

L’histoire des guerres de religions autant en Europe qu’en Asie et en Amériques et en Afrique devrait nous éviter de reprendre les mêmes ornières. Dans ce cas, il est remarquable de constater que le vieux principe s’applique : « chassez le naturel, il revient au galop. ». La Charte des droits et liberté et les jugements de la Cour suprême devraient être les remparts contre une laïcité intégriste qui veut imposer des restrictions qui nuisent à toute forme d’inclusion et de dialogue. Nous ne sommes pas racistes ou islamophobes, mais nous entendons régulièrement des discours qui propagent des propos qui frôlent la xénophobie et le chauvinisme: réduire le nombre de migrants, passer un test des valeurs, limiter la liberté religieuse des gens en autorité.

La démocratie a besoin d’être éclairée afin d’éviter les dérapages populistes basés généralement sur l’ignorance et les mouvements radicaux basés sur des émotions irrationnelles. Nous avons à nous poser beaucoup de questions. Pourquoi obliger des individus à choisir : un poste d’autorité dans le secteur public ou le respect des prescriptions de la religion à laquelle ils appartiennent? Pourquoi instaurer une liberté à deux vitesses? La notion de liberté serait-elle une notion à définition variable selon le goût du jour et des mouvements populaires? D’où vient cette volonté de radier les signes religieux ostensibles ? Est-ce une forme d’intolérance radicale contre toutes les religions ou est-ce une guerre qui cible particulièrement les croyants de foi musulmane, c’est-à-dire les femmes voilées ? Est-ce que le mouvement de la sécularisation amorcé au début des années 1960 au Québec a conduit à un mouvement anticlérical radical s’étendant à toutes les religions ? Pourquoi cette difficulté à distinguer la neutralité de l’État et la liberté des individus ? Pourquoi cette incohérence : vouloir conserver le crucifix à l’Assemblée nationale en l’affublant du titre de « bien patrimonial » un symbole religieux chrétien reconnu comme tel depuis des siècles par des milliards de citoyens ? Et dans ce cas précis, quelle est donc la définition du mot « patrimonial » ?

En fait, les Québécois d’ascendance chrétienne appliqueront-ils aux croyants de toutes les religions les mêmes restrictions que les Canadiens-français catholiques ont eu à subir suite à la conquête du Canada par les Britanniques anglicans en 1763 ? Ce serait un grand pas en arrière. Un grand pas réactionnaire. Les réactionnaires n’ont jamais bâti, ils ont toujours détruit. Craignons ces mouvements qui font la promotion d’une identité québécoise refermée sur elle-même et qui ne correspond pas à la réalité cosmopolite et pluraliste bien présente au Québec en 2018. Ne répétons pas avec les migrants ce que nous avons fait vivre aux premières nations. Une vraie démocratie protège les minorités.

André Beauregard

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