La Voix des lecteurs

J'ai vu un dinosaure vivant !

Oui, oui, j’ai bien vu de mes yeux vu un dinosaure vivant, tout droit sorti de la préhistoire. Je pensais sincèrement, avec un brin de joie et beaucoup de soulagement, que ce genre d’être au cerveau reptilien était totalement disparu de la surface de la Terre depuis l’avènement des poubelles publiques et de l’éducation populaire sur la pollution environnementale. Je croyais ne plus jamais voir ce genre de comportement destructeur, toxique et insensé, qui était pourtant chose courante dans les années « 60, soit de vider son cendrier d’auto en pleine nature ! Ou dans mon cas, en pleine rue, tout près de la rivière Sutton, à l’entrée d’un quartier chic et de bon goût.

Je ne pouvais pas croire que c’était réellement des mégots de cigarettes. Je voulais me persuader que c’était des confettis pour célébrer la retraite bien méritée du Monsieur aux cheveux blancs qui était au volant. Je m’imaginais que c’était des bouts de papier d’une contravention déchirée à cause de son pied trop pesant dans sa grosse cylindrée. Ou naïvement, je préférais voir des morceaux de pain blanc pour les petits oiseaux souffrant de ce printemps si tardif... mais non, il aura fallu que je sorte dehors pour constater l’horreur de ce geste franchement dégueulasse.

Je me confondais en questionnements, tout en balayant les nombreux mégots jetés par la fenêtre de l’auto en marche, que le dinosaure en question ne pouvait décemment pas savoir qu’en laissant s’envoler ainsi ses mégots partout dans la nature, sur les terrains soigneusement entretenus de mes voisins et dans la rivière toute proche, tout le mal qu’il allait causer. 

Alors, à votre intention et celle de vos semblables, je vous rappelle gracieusement que les mégots de cigarettes, entre autres horreurs à leur sujet, ne sont pas biodégradables, ils sont juste photodégradables et leur matière première ne disparaît jamais complètement : elle se dilue au contact de l’eau ou du sol. Les mégots envahissent les villes et les campagnes, où les jeunes enfants et les animaux peuvent les ingérer. Les mégots auront absorbé une partie des 4000 substances nocives présentes dans la cigarette, dont la nicotine, l’éthylphénol, des résidus de pesticides, des métaux lourds, des gaz toxiques tels que l’ammoniaque et l’acide cyanhydrique. Autant de substances qui se retrouvent dans l’eau et menacent la faune et la flore, car ils terminent souvent leur vie dans les cours d’eau, du fait du parcours des égouts, polluant les rivières, les fleuves et les océans. Et enfin, si ce n’est pas assez pour vous convaincre de la gravité de votre geste, sachez qu’un seul mégot contient suffisamment de poison pour tuer la moitié des petits poissons mis dans un litre d’eau en seulement 96 heures... Un seul mégot ! 

Malheureusement, malgré les campagnes de sensibilisation, les nombreuses poubelles publiques et les écocentres pour déchets toxiques et dangereux (parce que les “botchs” de cigarettes sont bel et bien des déchets dangereux), j’ai bien vu de mes yeux vu ce conducteur au cerveau reptilien, jeter par la fenêtre de sa rutilante et impeccablement propre le contenu de son cendrier.

Heureusement, et je ne demande pas de médaille de bravoure pour ça, j’ai tout ramassé... mais combien d’autres fois cet imbécile heureux a posé ce geste avant et combien d’autres fois le fera-t-il encore ? Dixit Jean Leloup “Le monde est à pleurer”.

Kathya Heppell

Sutton

Qui perd gagne !

Généralement, les livres d’Histoire accordent beaucoup d’espace aux exploits militaires et politiques et accordent quelques pages aux artistes et aux scientifiques. En apparence, le passage de ces personnages illustres semble avoir changé la face la Terre, mais trop souvent, comme on dit en langage populaire, ils ont brassé la cage sans vraiment changer le fond des choses. Ceux et celles qui ont vraiment fait évoluer l’Humanité pendant qu’ils foulaient le sol terrestre ont généralement fait partie du camp des perdants. Comme on dit aussi dans notre langage de colonisés, ils faisaient partie des « loosers ». 

Le 14 mars 2018, Marielle Franco, une Brésilienne de race noire, communiste et membre de la communauté LGBT, a reçu cinq balles dans la tête. Les réactionnaires à son combat ne font pas dans la dentelle. Le seul argument qu’ils connaissent, c’est la violence et souvent la violence extrême. C’est ainsi que de Socrate à Marielle, la Brésilienne, et à Malala, la Pakistanaise, ces gens ont pris place dans la longue liste de ces innombrables héros et héroïnes qui, pacifiquement et sans violence, ont cherché à faire sortir l’Humanité de la grotte où logent les grandes noirceurs du mensonge, des préjugés, du racisme et de l’exclusion. À la suite de leur agression ou de leur assassinat, ces perdants et ces perdantes ont vu leur notoriété franchir non seulement les frontières de leur pays, mais aussi, et surtout les frontières du temps. Malgré les apparences et l’impression d’avoir perdu le combat, ces martyres ont permis à l’Humanité de faire de très grands pas sur la route de son évolution. 

Bien sûr, les forces réactionnaires ne lâchent pas le morceau et il serait grandement illusoire et terriblement naïf de penser que les avancées et les acquis sont inébranlables ; en effet, la réalité est tout autre : le combat ne fait que commencer, il est perpétuel. Malgré tout, si on jette un regard vers le passé même assez récent, nous ne pouvons faire autrement que de constater les progrès immenses obtenus. Faire la liste de ces luttes pacifiques et non violentes et de leurs réussites extraordinaires prendrait des pages et des pages dans nos livres d’Histoire. 

La foi dans les forces progressistes et l’espérance au cœur de la conscience sociale constituent les armes les plus efficaces pour l’implantation d’un monde heureux et prospère. Mais tenir ce discours vous place assez rapidement dans le camp des dangereux extrémistes et à court terme, dans le camp des perdants. Mais sur le long terme, l’Histoire de l’Humanité le démontre, les grandes valeurs humaines et sociales, comme les fleurs de macadam, finissent toujours par percer les résistances et par embellir et embaumer l’environnement humain. Libérons la parole pacifique et non violente, elle vaincra le populisme ambiant et destructeur. Participer aux élections et choisir des partis politiques qui donnent la priorité à l’humain ne se concluront pas immédiatement par une victoire, mais, nous le savons, les victoires de l’évolution humaine arrivent quand même et toujours grâce à des milliers de petits pas déterminés et persévérants. 

André Beauregard

Shefford