La Voix des lecteurs

Le budget fédéral fait de nous des agriculteurs…

Le ministre Morneau nous a livré un budget fédéral à saveur électorale comme plusieurs s’y attendaient. Un peu de tout pour tout le monde, incluant le domaine agroalimentaire. Le budget n’épate pas grand monde et en laisse plusieurs sur leur faim.

On s’attendait bien sûr à des compensations pour les filières du lait, des œufs et de la volaille. Les dédommagements offerts aux agriculteurs assujettis à la gestion de l’offre tournent autour de 4 milliards de dollars. Il s’agit en fait d’une somme identique à celle proposée par les conservateurs de Stephen Harper en 2015. [...]

Beaucoup d’argent, mais aucune mesure incitative qui permettrait au secteur de mieux s’outiller pour devenir plus compétitif à long terme. [...] En d’autres mots, les Canadiens rachètent les quotas que les producteurs avaient reçus gratuitement, sans offrir une stratégie pour le futur. Nous investissons tous en agriculture par le biais de ce nouveau programme budgétaire. Si les agriculteurs perdent de l’argent, nous en perdons aussi. [...]

Pendant ce temps, on n’octroie rien pour le canola avec la Chine, rien non plus pour les légumineuses affectées par un embargo indien et bien peu pour le porc et la fièvre porcine africaine. Il devient intéressant de constater que le programme de compensation couvre les accords avec L’Europe et le PTGP, mais pas l’accord avec les Américains et le Mexique (ACEUM). Il s’agit probablement d’une façon pour le gouvernement Trudeau de signifier que cet accord ne sera jamais ratifié et qu’il faut passer à autre chose. L’ACEUM constituait une très mauvaise entente pour l’industrie agroalimentaire canadienne, surtout pour ceux déjà fragilisés par les précédentes ententes signées ces derniers temps. Ce passage sous-entendu du budget constitue probablement la seule chose à retenir.

Le budget prévoit aussi un soutien financier de 134 millions de dollars sur cinq ans pour une stratégie alimentaire pannationale ; une somme négligeable, étant donné que le Québec investira davantage pour soutenir sa propre stratégie bioalimentaire. Malgré cela, espérons qu’une stratégie permettra un jour à notre agriculture d’arrimer sa capacité de produire avec les ambitions nutritionnelles de notre nouveau Guide alimentaire canadien. Plus de fruits et de légumes, s’il vous plaît, entre autres choses.

Une somme de 100 millions de dollars aidera l’agenda de l’innovation dans l’industrie de la transformation. Pour ces quelque 250 000 employés, la somme est minime. La transformation alimentaire est le plus grand secteur manufacturier au pays, faut-il le rappeler. Une somme de 24 millions de dollars dédiée à la fraude alimentaire aidera à soutenir les efforts de l’Agence canadienne d’inspections des aliments. Un pas en avant certes, mais puisque ce problème affecte entre 15 % et 30 % des produits sur le marché, il reste beaucoup de chemin à faire. [...]

Bref, le budget 2019 des libéraux accomplit peu de choses. Ce document électoraliste nous est offert par un gouvernement qui semble déjà usé par le pouvoir avant de franchir la fin d’un premier mandat. Ce gouvernement visiblement plus urbain qu’autre chose comprend mal les enjeux du secteur alimentaire. Espérons que durant son prochain mandat, s’il y en a un, l’équipe libérale saura mieux servir les intérêts de cette industrie que par les dernières années.

Sylvain Charlebois

L’auteur, originaire de Farnham, est doyen de la faculté de management
et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires
de l’Université Dalhousie

Dénonciation du projet de loi sur les taxis

Lettre à Monsieur François Bonnardel et à Madame Isabelle Charest

Je suis propriétaire d’une compagnie de taxi depuis 1999 à Waterloo. J’ai commencé avec un permis et, 20 ans plus tard, j’ai 12 permis de taxis et une dizaine d’employés. 

À l’automne 2018, le gouvernement m’a envoyé un chèque de 2000 $ pour compenser les pertes encourues à cause d’Uber. Donc, il a reconnu ses torts en disant qu’on pourrait recevoir un autre montant dans le futur.

En décembre, une autre lettre laquelle disait de mettre des ordinateurs dans les taxis pour qu’on puisse donner les reçus aux clients, comme ils ont fait dans les restaurants pour empêcher la fraude. Jusque là ça me va. 

Mais jeudi matin, j’ai appris que vous voulez laisser entrer Uber et qu’il n’y aura plus de réglementation pour les territoires et n’importe qui peut faire des transports de personnes. 

Mon conjoint et moi, on vient de payer 2042 $ à la Commission des transports du Québec pour obtenir quatre permis de taxi temporaires cinq ans afin de continuer à donner un service professionnel, et vous, en un tour de main, vous essayez de détruire 20 ans de travail et d’efforts. 

Vous savez, nous et nos employés n’aurons pas de fonds de pension à 65 ans et pourtant, nous sommes gérés par vous au gouvernement, que ce soit au niveau des lois dans l’industrie du taxi ou quand on fait nos rapports de TPS et TVQ. Le seul remerciement qu’on va avoir c’est que n’importe qui peut faire notre métier. 

Vous allez débourser un autre 250 millions pour les pertes encourues — wow un autre beau 2000 $, car j’ai deux permis réguliers dans nos poches qui soit dit en passant sont imposables. 

Je ne crois pas accepter ce montant. C’est rire de nous : ça ne représente même pas ce que ça coûte en plaque — 1107.46 $ par voiture. 

Lorsque le peuple a voté pour vous, ce n’était sûrement pas pour se faire dire que vous laisseriez Uber nous voler nos emplois. Donc, avant de signer votre projet de loi avec de belles promesses qui ne vont profiter qu’à Uber, prenez le temps de réfléchir à notre avenir, les propriétaires, les chauffeurs ainsi que les clients. Merci.

Micheline Roberge

Waterloo