La Voix des lecteurs

De la nécessité d’une école à Shefford

En réponse à la lettre ouverte de Mme Chantal Beauchemin parue dans La Voix de l’Est du 7 juin.

Notre municipalité de près de 7000 habitants n’a pas sur son territoire une seule école pour répondre aux besoins de ses enfants en classe maternelle et primaire. Ces enfants doivent aller dans les municipalités voisines pour recevoir l’enseignement auquel on est en droit de s’attendre dans une municipalité de 6947 habitants au dernier recensement. Vous dites que vous souhaiteriez avoir plus de services dans votre école alors que nous, nous n’avons rien, mais peut-être que vous n’étiez pas au courant de cette lacune qui existait dans notre municipalité.

Ce ne sont pas les promoteurs qui se frottent les mains, mais bien nous, citoyens de Shefford, qui avons un grand besoin de cette école pour le mieux-être de nos enfants. Nous espérons aussi que de nombreuses jeunes familles viennent s’établir ici dans notre belle municipalité et profiter de ce milieu de vie stimulant et intéressant ainsi que des attraits qu’offre la campagne.

Il est vrai que certains ne pourront pas déménager à Shefford pour profiter de ces avantages, mais certains préfèrent vivre à la ville et déjà plusieurs écoles sur le territoire de Granby offrent à leurs enfants l’éducation en milieu scolaire alors que nous, nous n’avons rien, pas une seule école.

Les initiateurs du projet Pierre Lavoie, Ricardo Larrivée et Pierre Thibeault veulent changer la façon d’enseigner à nos enfants et il faut parfois faire des choix qui dérangent, mais qui font avancer les choses en créant un milieu de vie différent. Peut-être que nos écoles auront plus tard une meilleure vision de l’enseignement et que des changements majeurs se profileront et aboutiront à une autre façon stimulante et vivifiante de faire les choses.

Après de nombreuses années à tenter d’avoir une école, nous aurons enfin une école à Shefford et nous en sommes très fiers. Je crois que ce n’est pas trop demander que d’avoir une école à offrir à nos enfants du primaire.

Peut-être n’avez-vous pas les services que vous souhaiteriez, mais nous, nous n’avons pas ce privilège d’avoir des services en éducation pour nos enfants. Chaque matin, nos enfants de la maternelle et du primaire se déplacent dans une autre municipalité loin de leur foyer pour recevoir l’éducation dont ils ont besoin et parfois ont à faire deux transferts d’autobus pour se rendre à l’école.

Nous sommes heureux de contribuer à l’évolution de l’éducation de nos enfants et peut-être de tous les enfants du Québec en leur offrant une autre façon d’apprendre. Le Lab-École se veut un laboratoire d’apprentissage, une nouvelle façon d’enseigner, une nouvelle façon d’apprendre et un nouvel environnement plus propice à ce qui les rejoint le plus.

Ces enfants seront peut-être nos futurs dirigeants politiques, des entrepreneurs, des PDG. Peut-être seront-ils des professionnels de la santé ou du milieu de l’éducation ou qu’ils défendront nos droits, mais peu importe. Nos enfants méritent d’avoir un milieu d’enseignement propice à leur évolution que ce soit ici ou ailleurs. Shefford est tout désigné pour ouvrir la porte à ce genre d’enseignement qui favorise les saines habitudes de vie et une saine alimentation parce que ce sont les valeurs que nous véhiculons. Cette école répondra aux besoins de mes concitoyens et concitoyennes qui sont venus s’établir en milieu rural dans un magnifique espace de vie. Et j’en suis très fier.

Jean-Pierre Maheu

Shefford

L’éducation, on s’en fout

Le scandale du faible taux de diplomation, le haut taux de décrochage en particulier chez les garçons, le nombre hallucinant d’écoles qui tombent en ruine, le nombre effarant d’enseignantes en burn-out, l’extrême petit nombre d’étudiantes qui se dirigent vers les sciences de l’éducation, voilà autant de conséquences anti sociales et anti économiques issues des politiques de lutte aux déficits budgétaires et à la réduction de la dette. Voilà les résultats néfastes du néolibéralisme qui empoisonne l’air médiatique que nous respirons béatement. Rappelons--nous l’image projetée dans le film La machine à explorer le temps . Les jeunes gens marchaient paisiblement comme des zombies vers la caverne des monstres souterrains qui s’apprêtaient à les dévorer. 

Les causes de ce désastre annoncé sont nombreuses : les coupures totalement injustifiées du gouvernement, les conditions de travail aberrantes des enseignantes, le rôle mal assumé des parents, la société francophone qui valorise si peu l’éducation, l’envahissement incontrôlé des nouvelles technologies et les emplois très alléchants pour les décrocheurs. Chacun arrive avec sa solution : on parle de maternelle à 4 ans et de scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans ; autant d’écoles, autant de projets mirobolants ; autant d’enseignantes, autant d’expériences fantastiques. Mais dans tous les cas, on cible non pas la cause, mais les conséquences. 

Car la principale cause du problème en éducation, c’est l’écart entre la classe des biens nantis et la classe des moins bien nantis. La multiplication des écoles privées et publiques cherchant à se singulariser par des projets particuliers ne fait qu’accentuer cet écart à la fois financier et social et scolaire. L’autonomie des écoles, cheval de bataille de certains partis politiques, ne fera qu’empirer la situation ; elle transformera les écoles en ghettos : ghettos des riches et ghettos des pauvres ; ghettos des écoles neuves et ghettos des vieilles écoles ; ghettos des écoles privées et ghettos des écoles publiques ; ghettos des écoles avec le programme international et ghettos des écoles sans programme international ; ghettos des écoles noyautées par des groupes religieux et ghettos des écoles noyautées par des groupes humanistes. Et en plus, la cerise sur le « Sunday », on encourage sans discernement l’enseignement fait à la maison, enseignement qui ne fera l’objet d’aucune évaluation valable. Vive « le free-for-all » qui donnera lieu à toutes les formes de régressions scientifiques et à toutes les formes d’endoctrinement religieux. Un grand retour vers l’obscurantisme. Le Québec est-il vraiment arrivé en 2018 ? L’éducation est-elle vraiment une préoccupation nationale ? Voterons-nous pour un meilleur système d’éducation ou pour une bonne baisse d’impôts ?

Combien de candidats aux élections auront le courage d’attaquer le vrai problème : notre refus chronique de partager équitablement la richesse ? On ne cesse de trouver des moyens de créer la richesse, mais 80 % de celle-ci continue à remplir les poches du 20 %. Résultat : l’écart dans la réussite scolaire entre les enfants issus de familles riches et de familles pauvres s’amplifie de la maternelle à l’université. Tant et aussi longtemps que nous élirons des partis qui nous hameçonneront avec les baisses d’impôts, nos enfants, nos petits-enfants et nos arrière-petits-enfants vivront la ségrégation non pas raciale, mais scolaire.

André Beauregard

Shefford