La Voix des lecteurs

De l’intérieur vers l’extérieur

Quand j’ai vu les images de la cathédrale Notre-Dame de Paris en flammes, je n’ai pu m’empêcher d’y voir un emblème. Certaines associations métaphoriques immédiates me sont venues à l’esprit : la décadence de l’Église catholique, le déclin de la foi à travers le monde et la Semaine sainte qui commence par un événement si triste.

J’étais sous le choc, comme tout le monde, même les non-croyants. La cathédrale est un patrimoine non seulement de l’Église catholique, de la France, aussi de l’Europe, de la civilisation occidentale, de l’ensemble de l’humanité, finalement. Histoire, architecture, culture, tout un héritage qui brûlait sous nos yeux.

Heureusement, plus tard, les médias français ont informé le monde des tactiques excellentes et risquées des pompiers parisiens, qui ont permis de conserver une grande partie de la construction. (...) Ils ont commencé à combattre le feu à partir de l’intérieur, parce que, selon eux, de l’extérieur, ils auraient repoussé les flammes à l’intérieur.

Comme il n’y avait pas de danger imminent d’effondrement de la structure entière, ils ont risqué de commencer par l’intérieur, avant d’attaquer le feu de l’extérieur. En outre, ils ont des équipes organisées pour chaque étape : évacuer les gens, protéger les œuvres d’art, etc., et ils avaient fait des exercices de simulation il y a quelques jours. Bravo !

Donc, avec la structure qui reste, j’imagine que la cathédrale Notre-Dame de Paris pourra être reconstruite. De toute évidence, ce ne sera plus comme avant, mais cela continuera d’exister, au grand soulagement de tous.

J’espère que, comme la cathédrale, sera également reconstruite l’intégrité de l’Église catholique, minée par des cas de pédophilie, entre autres, au fil des ans. Et que cela commence par l’intérieur. Inutile d’essayer de trouver des excuses à l’extérieur, pour les maux qui rongent par dedans ! Que les « pompiers » de la foi, dirigés par le pape François, poursuivent leur stratégie d’action pour éliminer le mal qui est enraciné dans le clergé, afin que l’ensemble de la structure ne s’effondre pas.

Cette croix claire et très visible sur les photos à l’intérieur de la cathédrale nous invite à la réflexion, pendant la Semaine sainte.

Maria do Carmo Vieira-Montfils

Granby

LA RÉINSERTION SOCIALE ET SES MYTHES

Bien que la réinsertion sociale soit un sujet peu traité dans l’actualité, cet enjeu nous concerne tous et chacun. La réalité est que 15 % de la population canadienne, soit environ 4 millions de citoyens, ont un casier judiciaire. Si nous nous fions à cette statistique, il y a de fortes chances que nous côtoyions au quotidien certains d’entre eux, souvent sans le savoir. Le processus de réinsertion sociale est fondamental dans une société, précisément dans la mesure où les citoyens n’ayant pas de casier judiciaire sont amenés à partager leur quotidien avec des individus au passé plus nébuleux. Toutefois, le casier judiciaire n’implique pas nécessairement que l’individu a fait de la prison. Si la problématique de la réinsertion sociale ne vous interpelle pas, je tâcherai d’éveiller votre conscience à son égard, notamment en démystifiant certains mythes à propos de la libération conditionnelle. 

« La libération conditionnelle, qu’est-ce que cela implique ? »

Généralement, le détenu peut obtenir sa libération conditionnelle après avoir purgé le tiers de sa peine. Toutefois, ce n’est pas tous les prisonniers qui y ont accès. Selon le gouvernement du Québec, seulement 33 % des personnes incarcérées y sont admissibles. Avec les années, on observe une augmentation des prisonniers qui refusent d’accéder à leur libération conditionnelle. Cela pourrait s’expliquer par le sentiment d’appréhension que les détenus vivent lorsqu’ils pensent au moment où ils sortiront de prison. Lorsqu’un contrevenant obtient sa libération conditionnelle, il doit se soumettre à un plan d’encadrement de même qu’à un suivi avec un agent de probation. Il a aussi l’obligation de passer un certain temps en maison de transition où un encadrement additionnel lui sera proposé. 

« Est-ce une bonne chose qu’ils refusent leur libération conditionnelle ? »

Absolument pas ! Ce refus ne fait que retarder la sortie de prison. Lorsque la personne contrevenante sort avant la fin de sa peine, elle est suivie de près et est extrêmement encadrée dans le processus de sa réinsertion. Si l’individu refuse et qu’il complète sa sentence, cela implique que lorsqu’il va sortir, il ne sera pas surveillé ni encadré par un programme. Selon le gouvernement du Québec, ces cas représenteraient 68 % des libérations, soit la majorité d’entre elles. 

« Est-ce réellement efficace ? »

Le gouvernement du Canada prône la réinsertion sociale comme méthode afin d’assurer la sécurité de sa population. Selon la Commission québécoise des libérations conditionnelles, cette méthode a fait ses preuves avec un taux de réussite de 96,3 % entre 2017 et 2018. De plus, toutes les études menées par le service correctionnel du Canada démontrent que plus la libération conditionnelle d’un individu est obtenue rapidement, moins les chances que ce dernier récidive sont élevées. Il ne faut pas oublier que la prison est criminalisée et que la société ne l’est généralement pas.

« La réinsertion, ça nous coûte cher ! »

Non, elle est en réalité beaucoup moins couteuse que l’incarcération. Un prisonnier nous coûte 115 000 $ annuellement, comparativement à 33 000 $ annuellement lorsqu’il est en libération conditionnelle. Monétairement parlant, nous sommes gagnants. 

« C’est une chose de les réinsérer, mais je ne veux pas les côtoyer ! »

Nous avons tout faux de penser de cette manière. La réinsertion sociale implique que nous vivions en communauté avec les ex--détenus. Il est fondamental que nous les acceptions, et ce, particulièrement dans le monde du travail. En fait, si nous voulons contribuer à la réussite de leur réinsertion sociale et, donc, diminuer la criminalité dans notre pays, il faut les accepter comme collègues. Dans un monde où nous nous définissons souvent par notre emploi, le travail devient un agent de socialisation très positif par l’entremise duquel les anciens détenus vont pouvoir se définir autrement et développer une image positive d’eux-mêmes. En les intégrant dans un milieu valorisant, nous les éloignons du monde criminalisé. De plus, selon une étude réalisée par l’Université de Montréal, la réussite de la réinsertion sociale a souvent été associée à l’obtention d’un emploi stable. D’un autre côté, en s’intégrant dans le monde du travail, ils participent à notre économie plutôt que de vivre aux crochets de la société.

Pour conclure, environ 90 % des détenus vont réintégrer la société un jour, et c’est à nous de décider de la manière dont cette réinsertion doit se dérouler. Le choix est simple : appuyons la libération conditionnelle qui permet une réinsertion surveillée. Intégrons-les de façon à ce qu’ils ne retournent plus en prison. Le travail individuel que fait le détenu sur lui-même n’est qu’une partie de la réinsertion sociale, l’autre nous appartient ! 


Emma Fournier

Étudiante au Cégep de Granby