La Voix des lecteurs

Non à la guerre contre les croyants !

Lorsqu’il s’agit de se doter de règles de société qui visent à favoriser la cohésion sociale et l’attachement aux valeurs fondamentales auxquelles, apparemment, nous, Québécois et Québécoises, sommes liés mais incapables d’identifier, nous tombons presque infailliblement dans un nationalisme allergique à toute forme d’ouverture. C’est vrai au Québec et c’est vrai dans la plupart des pays du monde, en particulier ceux où la droite prend le pouvoir. Nos actes et nos propos parlent beaucoup plus fort que la mièvrerie de nos affirmations supposément nationalistes. Nous sommes favorables à un État laïc et dans la même phrase nous voulons demeurer un État chrétien en conservant le crucifix dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Nous crions sur tous les toits que nous voulons un État laïc et en même temps nous demandons de limiter les droits des religions non chrétiennes comme si la laïcité était une guerre contre les croyants autres que chrétiens. Où est-elle la neutralité religieuse de l’État ? De quelle laïcité parlons-nous ?

La majorité « canadienne-française blanche chrétienne sans signes religieux ostentatoires » s’oppose majoritairement à l’intégration des personnes appartenant à des religions non chrétiennes à cause de leurs signes religieux ostentatoires. Nos comportements ne manifestent ni empathie ni ouverture. Il y a de tout : peur des étrangers, allergie aux différences religieuses et culturelles, propos haineux et misogynes. Mais nous refusons de reconnaître lucidement ce racisme qui nous habite plus ou moins consciemment et surtout, nous demeurons indifférents aux injustices que subissent les nouveaux arrivants et au non-respect de leurs droits humains les plus élémentaires.

Que nous le voulions ou pas, nous vivons dans une société pluraliste, c’est-à-dire, une société où la diversité culturelle, religieuse et ethnique est bien présente. Il est vrai qu’il y a deux Québec : le Québec cosmopolite présent sur l’île de Montréal entre la rivière des Prairies et le fleuve St-Laurent et le Québec très majoritairement occupé par la société d’ascendance chrétienne blanche. C’est la raison qui fait en sorte que la notion de laïcité est si mal comprise.

Ce concept de laïcité est né lors des guerres de religion en Europe et il a été créé dans le but de mettre fin à ces guerres. Son objectif était très simple : faire en sorte que tout le monde puisse vivre ensemble dans la concorde sans tenir compte de leur appartenance à une religion particulière. Ce principe de laïcité exigeait que tous les citoyens indépendamment de leur appartenance religieuse puissent avoir une jouissance égale des mêmes droits sans aucune exclusion et puissent pratiquer ouvertement leur religion en toute liberté et sans aucune restriction. En résumé, la laïcité permettait de vivre pleinement les grands idéaux humains tels qu’ils seront proposés par la Révolution française : liberté, égalité, fraternité. L’État ne devait plus être régi par les normes d’une religion en particulier ou par l’athéisme ou par l’anticléricalisme. C’était la séparation des pouvoirs de l’État et de l’Église. L’État et non les citoyens était neutre et cet État légiférait sans tenir compte des normes établies par les Églises et sans s’ingérer dans la vie des croyants.

Au Québec, c’est à ce rêve de la Révolution française que nous sommes tous conviés : se convertir au projet du vivre ensemble grâce à l’application d’une véritable laïcité, c’est-à-dire en établissant un climat de totale liberté religieuse pour tous les citoyens anciens et nouveaux et en faisant preuve de tolérance et d’ouverture d’esprit, deux grandes valeurs qui peinent à fleurir sur le sol québécois depuis le 1er octobre 2018. Il faut que cette société pluraliste soit présente et visible partout et sans profilage racial : au Parlement et dans les administrations publiques; dans les services hospitaliers, scolaires, judiciaires et policiers. Il faut absolument que nos enfants apprennent à vivre sans préjugés avec cette diversité si enrichissante et pour cela, ils doivent être en contact avec elle en tout temps et en tout lieu sans aucun camouflage de celle-ci.

André Beauregard

Shefford

Alexandre, le malheureux

Lettre d’opinion en suivi au texte de Isabelle Hachey, La genèse d’une tuerie, publié dans La Presse+ du 3 février 2019.

Comme j’en ai rencontré, au fil des 25 ans passés dans les écoles, des Alexandre, des malheureux.

Non, ils ne tueront pas tous, mais tous garderont des blessures profondes. Des bleus à l’âme et parfois au corps. Ils sont marqués au fer rouge.

Ils ont vécu ce dont tout le monde parle, sans pouvoir l’éradiquer : de l’intimidation. Du rejet. De l’exclusion.

Des lois, des obligations, n’ont rien changé à la situation... ou si peu.

Combien de fois ai-je entendu un adolescent me dire : « Je rêve de fendre la tête à tous ceux qui m’ont blessé, humilié. »

Souvent seuls avec leurs blessures, ils ne comprennent pas ce qui leur arrive et pourquoi.

Pourquoi ce mépris, cette haine, ce rejet tous les jours ?

Julien, un jeune de 13 ans, me racontait avoir été rejeté, frappé, bafoué quotidiennement depuis la maternelle !

Cela fait plusieurs heures, plusieurs jours, à souffrir en silence.

Comment penser ou croire que toute cette haine vécue ne laissera pas de traces ? Qu’elle ne se transformera pas en agressivité, en violence, en mépris de l’autre ?

Mais pourquoi, me direz-vous, certains en voudront au monde entier et chercheront des moyens de se venger alors que d’autres retourneront cette violence contre eux-mêmes (dépression, idée suicidaire) ?

Parce que tous n’ont pas la même résilience, la même sensibilité, le même réseau, les mêmes exutoires.

Prenez Jasmin Roy, il raconte être sorti de cet enfer quand il a connecté avec le théâtre. Il a été reconnu. Il a trouvé une passion qui l’a rendu fort. De victime, il est devenu le « King ».

Alain Lefevre a aussi connu des journées d’école sombres et difficiles : son bourreau lui assénait des coups presque tous les jours. Il était différent. Il sentait l’ail. Il avait un accent, mais il avait un antidote : la musique, le piano. Un baume pour le cœur.

Mais tous n’ont pas cette chance.

Pas de passion. Pas d’activités valorisantes, pas de réseau. Ils finissent par se refermer et à broyer des idées noires, très noires.

Alexandre n’était pas heureux. Il vivait reclus, isolé. Il a trouvé sur Internet ce que certains jeunes avaient trouvé comme « solution ». Il a trouvé la tuerie de Colombine.

On ne peut poser de diagnostic sans voir le dossier (comme on dit dans notre milieu), mais une chose est certaine, les séquelles, les conséquences des actes vécus dans l’enfance ne sont pas étrangères aux troubles de comportements et aux problèmes de santé mentale.

L’intimidation, oui, c’est l’affaire de tous. Soyons vigilants. Véhiculer des messages de haine, de non-respect, d’antipathie a des conséquences. La bienveillance, la compassion, l’altruisme devraient plutôt nous guider et être enseignés à nos enfants.


Marie-Danielle Lemieux, conseillère clinique, Clinique médicale de Granby