La Voix des lecteurs

Un État de droit ou un retour vers le lynchage populaire ?Un État de droit ou un retour vers le lynchage populaire ?

Si on se fie aux déclarations fracassantes et inhumaines des membres du gouvernement de François Legault, le futur projet de loi caquiste qui caricaturera la laïcité n’annonce rien de bon, sinon un retour triomphal au 17e siècle et au 18e siècle alors que régnaient encore des dispositions radicalement discriminatoires rattachées aux appartenances confessionnelles. Depuis ces tristes époques, la pensée démocratique a réussi péniblement à faire de grands pas vers une société plus évoluée et plus respectueuse des droits humains et en particulier, ceux des classes sociales sans voix, parce que minoritaires et vulnérables, ce qui n’a jamais été une préoccupation des partis conservateurs qu’ils soient Québécois ou Iraniens. Selon Gandhi : « La démocratie devrait assurer au plus faible les mêmes opportunités qu’au plus fort. »

La lente marche vers la démocratie a conduit les peuples à construire des États fondés sur le droit et non sur des mouvements réactionnaires et anarchiques ; des États fondés sur la raison et non sur les émotions de peur et de colère. Si pendant longtemps, l’Humanité a eu à se battre contre l’obscurantisme du Moyen Âge, aujourd’hui, elle doit se défendre contre un autre fléau : le populisme régressif et dévastateur qui envahit à peu près toutes les régions de la planète. Le populisme se croit au-dessus des principes de la démocratie. Il croit avoir la légitimité d’attaquer les droits humains parce qu’ils sont nombreux à penser comme ça. Or, comme disait Coluche : « Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison ! » La vraie démocratie ne se limite pas aux 10 secondes consacrées à mettre un x devant le nom d’un candidat. Et selon Montesquieu : « L’amour de la démocratie est celui de l’égalité. »

En interdisant aux personnes portant un signe religieux ostensible de postuler des postes d’autorité dans les services publics, la loi caquiste favorisera tout simplement un apartheid des croyants, une forme de lynchage injustifiable et inacceptable dans une société fondée sur le droit. Ce sera une victoire du populisme sur la démocratie. Ce sera la victoire des préjugés et de la peur sur la raison et le droit. Cette loi que n’appuie aucune étude sérieuse bafouera cruellement la liberté de religion et la liberté de conscience. Voilà le visage d’une gouvernance basée sur les sondages et les émotions populistes plutôt que sur les vrais principes de la démocratie. Cette loi concrétisera ce grand mépris populiste pour les jugements de la Cour suprême ; un grand mépris pour les principes de la Charte des droits et libertés ; un grand mépris du principe de l’égalité absolue entre tous les citoyens sans restriction de genre ou de religion.

Et alors, allons-nous refuser l’accès à des postes d’autorité à une personne portant un signe religieux ostensible comme si cette personne était une dangereuse terroriste ou une dangereuse lépreuse ? Pourquoi élever des « murs » aussi artificiels et aussi méprisants pour les personnes qui respectent consciencieusement les prescriptions de leur religion ? Cette façon de faire n’est-elle pas une forme de profilage racial tout comme l’antisémitisme ou l’homophobie ou l’islamophobie ?

André Beauregard

Shefford

Hommage à ces femmes dénonçant l’injustice

Dans la quiétude de ma maison, je relis les mots écrits par des élèves de l’école Joseph-Hermas Leclerc à des femmes qu’ils ne connaissent pas.

Près de 300 élèves ont écrit des cartes avec des mots d’encouragement et de soutien à des femmes habitant au Maroc, en Égypte, en Ukraine, en Afrique du Sud, au Brésil, en Inde, en Iran, au Pérou. Avec l’aide du comité Amnistie internationale de notre école, ils ont contribué à la campagne de cartes de vœux visant à libérer des prisonnières d’opinion.

Un exemple? Mot adressé à Pavitri en Inde : « J’admire votre courage, il ne faut pas céder aux menaces et à l’intimidation, car c’est en se battant qu’on fait du changement. Merci de vos sacrifices. Nous sommes avec vous. » — Jonathan

Elles habitent en plusieurs endroits dans le monde et pourtant une seule et même cause les unit : dénoncer les injustices et défendre des droits humains.

Et parce qu’elles ont osé dénoncer au nom de leurs valeurs et pour le bien-être des autres, elles ont été bafouées, exclues, intimidées, menacées et même, pour une d’entre elles, exécutées. 

 Au Maroc, Nawal est harcelée parce qu’elle revendique une vie meilleure.

 En Égypte, Awal est emprisonnée pour ses activités pacifiques. 

 En Ukraine, Vitalina a été agressée pour avoir défendu les droits des LGBT.

Au Venezuela, Géraldine est persécutée pour avoir aidé des jeunes à défendre leurs droits.

Cette année, la campagne de cartes de voeux d’Amnistie concernait exclusivement des femmes, des femmes courageuses.

Au Canada, nous avons la chance de vivre dans un pays où nos droits sont respectés. Vous connaissez sans doute des personnes qui, dans leur milieu de travail, dans leur famille ou dans la société s’impliquent afin que le monde soit meilleur et plus juste. C’est ainsi qu’on peut changer le monde en essayant de l’améliorer. Hommage à ces femmes inspirantes !

 

Claire Bergeron, enseignante en Éthique et culture religieuse

Granby

Du droit à la syndicalisation

J’ai lu attentivement la chronique de M. Michel Laliberté sur le droit à la syndicalisation reconnu au Canada. En principe, il a raison, mais dans son exposé, il y a des non-dits.

Prenons par exemple la fermeture de Walmart en 2005 à Jonquière. Je crois avoir été un témoin privilégié sur toute cette saga très médiatisée, car à l’époque nous habitions encore au Saguenay et, de plus, le représentant syndical et porte-parole de ce petit syndicat, Jean-Marc Crevier, était un de mes amis qui avait fait ses classes syndicales précédemment à l’Alcan (Rio-Tinto maintenant).

Cette fermeture a fait perdre plusieurs emplois à des travailleurs et travailleuses qui, pour la plupart, n’avaient pas de grandes ouvertures d’emplois ailleurs dans la région. Depuis ce temps, combien de gens de Jonquière vont magasiner au Walmart de Chicoutimi pensez-vous ? Dans tous ces cas similaires, avez-vous déjà vu des représentants syndicaux perdre par la suite leurs emplois et leurs revenus ? Je vous laisse la réponse. Malheureusement, nous venons de vivre quelque chose de semblable à Granby dans la fermeture du Burger King. J’étais convaincu de l’issue : la pauvre brebis qui va seule au front devant le méchant loup.

Personnellement, je dis oui à la syndicalisation, mais avant de l’envisager il faut regarder qui ce syndicat va affronter comme employeur ou propriétaire dans la future négociation. Et quant aux grandes chaînes ou multinationales, combien sommes-nous d’unités syndicales face à elles, au lieu de servir de cobaye seul sachant les résultats d’avance ?

(...)


Yvon Lavoie

Granby