La Voix des lecteurs

Politique inhumaine de relocalisation des aînés du CIUSSS Estrie–CHUS

Le 5 février 2019, dans La Voix de l’Est, le CIUSSS de l’Estrie–CHUS annonçait sa nouvelle politique de relocalisation des patients en attente d’hébergement. « Une politique pour bien placer le patient ».

Vraiment ? J’en doute !

On y décrit qu’il sera désormais possible d’imposer aux familles des patients en attente d’hébergement en CHSLD, et donc au patient lui-même, un placement distant jusqu’à 70 km de leur choix de CHSLD.

Encore les aînés qui payent pour un système de santé qui se déshumanise ! Eux qui ont tant fait pour le Québec… Que dit la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants d’une telle politique ? Et les gériatres du CIUSSS de l’Estrie–CHUS ?

Car ceux et celles qui devront être déplacés jusqu’à 70 km de leur hôpital sont démunis, âgés, trop faibles ou malades pour contester, s’imposer ou riposter. Sans compter qu’ils sont issus de la génération qui ne se plaint pas.

Depuis la parution de cet article, je ne cesse de penser à ces ainés qu’on déracinera de leur milieu de vie pour récupérer des lits. Au nom de l’efficacité et de la rentabilité, on relocalisera nos aînés loin de chez eux, pendant des semaines, voire des mois... brisant le dernier lien affectif qui les nourrit : le conjoint ou la compagne de vie qui ne conduit plus ou pas si loin, les enfants ou amis qui ne pourront faire l’aller-retour dans une même journée…

L’éloignement en milieu rural vient souvent avec isolement.

Vous direz que c’est temporaire… Mais les re-relocaliser dans un deuxième temps les fragilisera davantage !

Si le CIUSSS Estrie–CHUS est contraint de respecter des normes et un budget, il est tout aussi du devoir des soignants, et du médecin que je suis, de dénoncer cette politique et de rappeler aux gestionnaires que ce sont des humains que l’on soigne !

Placer jusqu’à 70 km plus loin de leur milieu de vie des aînés en perte d’autonomie, incapables de retourner chez eux, c’est les mettre dans des unités de soins avec peu ou pas de visite… C’est les isoler, les abandonner, loin des leurs, loin des yeux, loin des cœurs qui font battre le leur…

Jusqu’à 70 km… c’est une politique efficace pour la gestion de lits... mais inhumaine pour nos ainés !

Dre Elizabeth Racine, médecin de famille

Bromont

Maternelle 4 ans : La CAQ doit changer de cap

Depuis longtemps, le Québec a compris que le développement de services éducatifs préscolaires est essentiel. Les gouvernements ont tour à tour mis de l’avant des mesures pertinentes avec l’appui des commissions scolaires et de la population.

La création des maternelles 5 ans à mi-temps dans les années 70 et, conséquemment, la mise en place d’une spécialisation en enseignement préscolaire dans nos universités furent des succès.

La mise en place des maternelles 5 ans à plein temps dans les années 90 et l’arrivée des orthophonistes dans les commissions scolaires furent aussi des mesures avantageuses pour tous.

La création des CPE dans les années 2000 et conséquemment, la mise en place d’une formation en techniques de garde au cégep furent aussi des mesures pertinentes pour améliorer nos services à la petite enfance.

La création du service Passe-Partout dans toutes les commissions scolaires a aussi permis d’améliorer nos interventions auprès des enfants de 4 ans et leurs parents. Ce service de rencontres mensuelles fut d’abord offert dans les années 90 aux milieux défavorisés puis étendu dans toutes les écoles dans les années 2000. [...] Les données recueillies au fil des ans ont permis aux commissions scolaires de cibler sur leur territoire les secteurs en besoin et d’envisager, dans certains cas, la création d’une maternelle 4 ans.

Ainsi, les maternelles 4 ans sont d’abord apparues à la demande des milieux et dans le cadre de projets pilotes avec un budget spécifique. Depuis quelques années, c’est sur la base des cotes de défavorisation des écoles que les budgets sont accordés aux commissions scolaires pour l’ouverture d’un certain nombre de groupes.

Dans le contexte actuel, la CAQ doit changer de cap pour plusieurs raisons. D’abord, les commissions scolaires, les enseignants du préscolaire, les CPE et les parents n’ont jamais identifié la généralisation des maternelles 4 ans comme la solution pour améliorer la réussite scolaire de nos jeunes. Ensuite, l’évaluation des classes existantes est-elle concluante ? Je suis porté à croire que les résultats sont mitigés puisque la CAQ n’utilise pas cet argument. Aussi, les écoles primaires doivent déjà contrôler des clientèles de 300 à 500 élèves avec des écarts d’âge de 5 à 12 ans durant des journées s’étirant souvent de 7 heures à 17 heures 30. Je ne crois pas que les enfants de 4 ans y seraient heureux.[...]

Je crois plutôt que la CAQ doit garder son objectif d’améliorer la réussite scolaire en investissant dans le dépistage et les services aux enfants de 4 ans. Il faut cependant s’assurer que les services professionnels seront au rendez-vous. Je parle ici des psychologues, des orthophonistes, des psychoéducateurs, des éducateurs spécialisés et des ergothérapeutes. Il faut bâtir un plan d’action pour les 4 ans. J’invite le gouvernement à attirer davantage d’étudiants dans ces professions pour répondre aux ajouts d’effectifs qui doivent être consentis aux commissions scolaires et aux CLSC.

Le ministre de L’Éducation est un enseignant du primaire et je pense qu’il sait, comme moi, que ce ne sont pas des maternelles 4 ans dont les enseignants et les parents ont besoin. Cette promesse fut payante pour gagner une élection, mais sa réalisation ne sera pas gagnante pour le système d’éducation.


Jean Cadieux, retraité et directeur d’école à vie

Granby