Mais où avons-nous mis notre cœur face aux personnes aînées qui sont vulnérables ? demande Nicole Gagné, secrétaire de l'AQDR Granby.

La Voix des lecteurs

Pourquoi ne suis-je pas un chien ?

En fin d’après-midi, j’étais assise à mon ordi lorsque j’ai vu passer dans la rue une femme avec un chien d’un certain âge, tous deux prenaient leur promenade quotidienne. Lui allait à son rythme, s’arrêtait pour renifler ; pour l’encourager à continuer, elle lui parlait et lui donnait un gros câlin. Rien de plus normal, me direz-vous ?

Pas pour moi qui soudainement ai vu défiler les grands titres : « manque de personnel criant dans les CHSLD ainsi que dans les maisons de retraite pour aînés », « personnel épuisé et clientèle fragilisée ne recevant pas les services qu’elle est en droit de recevoir » ! Là aussi, vous allez me dire, rien de nouveau ! Je devrai malheureusement vous répondre que c’est vrai et c’est là qu’une grande tristesse m’envahit en me mettant dans la peau de ces aînés et aussi de ceux qui essaient, souvent au péril de leur santé, de leur permettre de survivre. Qu’est-il arrivé pour qu’on trouve cet état de choses quasi normal dans notre société ?

Notre aîné doit rêver parfois de ne pas être né dans la gent canine. Il aurait des personnes qui l’entoureraient, qui l’aimeraient ; il mangerait de bons repas équilibrés. Il ferait de l’exercice, il se ferait toiletter et, s’il est malade, on l’amènerait la journée même chez un vétérinaire qui verrait sans tarder à le soulager. Surtout, il recevrait beaucoup d’affection, de câlins, il ferait partie intégrante de la vie de quelqu’un. Quand viendrait le dernier jour, il partirait en douceur pour le « paradis des chiens » en sentant sur lui le regard aimant des gens pour qui il a fait une différence dans leur vie.

Image idéalisée, allez-vous me dire ? Pas certaine, car j’oubliais que si le chien est victime d’abus, les gens vont aussitôt dénoncer les propriétaires et porter plainte : une contravention sera émise, car nous sommes des gens civilisés… pour les animaux.

Mais où avons-nous mis notre cœur face aux personnes aînées qui sont vulnérables ? Pourquoi ne réclamons-nous pas tous ensemble, haut et fort, que nous voulons qu’ils reçoivent au moins le minimum d’attention dans des maisons où du personnel en nombre adéquat et rémunéré convenablement verrait à les accompagner pour les quelques mois ou années qui leur restent à vivre ? Soyons fermes pour une fois et que cela ne soit plus négociable, on ne veut plus d’excuses ou d’études, on veut des solutions et rapidement.

Faisons-en un projet de société, réalisons-le et alors, nous serons toutes et tous plus fiers individuellement et collectivement du sort qu’on réserve au Québec à ceux qui nous ont précédés. Vous savez le temps passe si vite, quand vous verrez l’hiver de votre vie se profiler à l’horizon, vous n’aurez plus à avoir d’inquiétudes, car vous saurez alors que jusqu’à la fin, vous allez être en bonnes mains dans un système où l’on prend vraiment soin des personnes et ce système-là, c’est chacun de nous qui aurons contribué à l’édifier si nous avons le courage de poser des gestes DÈS MAINTENANT.

L’AQDR Granby est un organisme de défense des droits collectifs des personnes retraitées et préretraitées. Elle compte 815 membres.

Nicole Gagné, secrétaire

AQDR Granby