La culture doit trouver sa place au cœur des enseignements à tous les niveaux, dans toutes les matières et tous les aspects de la vie scolaire, écrit Louise Sicuro, pdg de l'organisme Culture pour tous.

La place de la culture dans l’école: clé de voûte de l’avenir du Québec

POINT DE VUE / Nourris par l’effervescence de la rentrée et par l’enthousiasme des enseignants pour les activités du volet scolaire des Journées de la culture, nous prenons la balle au bond pour livrer le fruit de nos réflexions sur la place que devraient occuper, au quotidien, les arts et la culture dans les écoles primaires et secondaires du Québec.

Les études scientifiques le confirment : la pratique artistique et les compétences culturelles contribuent au développement de tous les apprentissages. Comme le cours Éthique et culture religieuse, qui inculque aux jeunes les valeurs de savoir-être, de respect de soi et d’acceptation de l’autre, les arts et la culture ont aussi un rôle fondamental à jouer dans la construction de la personne.

Toutefois, on remarque encore que les arts et la culture sont inégalement et souvent mal intégrés à la mission éducative de l’école québécoise. Bien que l’on observe des efforts louables — voire des initiatives héroïques! — de la part de nombreux enseignants, on continue trop souvent à considérer les arts et la culture comme un divertissement, une activité secondaire qui passera «après le reste», si on en a le temps et les moyens, deux denrées rares. Le rôle de «Passeur culturel» figure pourtant au premier plan dans le Référentiel de compétences professionnelles de la profession enseignante.

Heureusement, et pour la première fois dans l’histoire du Québec, les écoles ont désormais l’obligation d’offrir deux sorties culturelles gratuites à tous leurs élèves. C’est un pas immense, qu’il faut applaudir, tout en rappelant que l’intégration de la dimension culturelle à l’école doit aller encore plus loin! La culture doit trouver sa place au cœur des enseignements à tous les niveaux, dans toutes les matières et tous les aspects de la vie scolaire.

C’est ce que l’organisme Culture pour tous expérimente depuis trois ans, en partenariat avec 16 écoles primaires et secondaires de sept régions du Québec et avec l’appui du ministère de la Culture et des Communications. Actuellement en phase pilote, le réseau d’écoles culturelles Hémisphères est fondé sur l’intégration transversale de la culture dans le cursus scolaire, où elle ajoute pour l’ensemble des clientèles touchées une forte plus-value : développement de la créativité, motivation des élèves, impacts positifs sur les apprentissages et cohésion augmentée au sein des équipes-écoles, qui y voient une façon de renforcer et d’améliorer leur travail pour, ultimement, favoriser le plein épanouissement des jeunes.

Les sorties culturelles, les rencontres avec les artistes ou les mobilisations populaires sont autant d’occasions de constater la juste place que peuvent occuper les arts et la culture comme fondation des apprentissages. Lorsqu’ils apprennent à apprécier une œuvre, à entrer en relation avec elle, les élèves développent aussi l’empathie, l’ouverture à l’autre, conditions fondamentales du «vivre ensemble». Les œuvres artistiques sont des réservoirs de savoirs dont la fréquentation assidue favorise la capacité d’être présent au monde.

C’est au Québec, en 1961, qu’a été créé le tout premier ministère de la culture en Amérique. Quelques années plus tard, à l’époque du rapport Parent sur l’éducation (1964) et du rapport Rioux sur l’enseignement des arts (1968), le Québec a vécu une période effervescente de son développement. Aujourd’hui, nous sommes à une étape tout aussi cruciale de notre évolution. On s’apprête à vivre — et on vit déjà — des transformations radicales, notamment avec l’intelligence artificielle qui se déploie à vive allure. D’ici 2030, le milieu du travail sera complètement redéfini. Les compétences cognitives et socio-émotionnelles comme la curiosité, la créativité, l’imagination ou le leadership, sont et seront hautement recherchées.

En cette ère de mondialisation, la frontière est bien mince entre la richesse des contenus, auxquels les nouveaux canaux de diffusion donnent accès, et une cacophonie certaine qui peut, au contraire, rendre les jeunes encore plus vulnérables et entraîner une perte de repères.

La solution réside selon nous dans l’intégration pleine et entière de la dimension culturelle à l’école, permettant de guider les jeunes vers leur plein épanouissement. Il nous semble plus qu’urgent que la formation initiale (formation des maîtres) et l’offre de développement professionnel aillent en ce sens afin que les enseignants d’aujourd’hui et de demain possèdent et maîtrisent tous les outils et ressources nécessaires pour jouer pleinement leur rôle de passeurs culturels.